Chemin de Croix à Lourdes   



 

 

Chemin de Croix à Lourdes

 

Texte écrit en 1994 P. Christian Teysseyre

10 avril 1994

Le chemin de la croix connaît aujourd'hui un renouveau. Dévotion jadis très prégnante, il avait fini par s'effacer ces dernières années, connaissant le sort de toutes les dévotions et sacramentaux. Cette situation résultait d'une certaine manière de comprendre la restauration de la Liturgie, épiphanie du mystère du Christ communiqué, « source et sommet de toute la vie chrétienne ». Cependant si le Concile Vatican Il invitait justement à un renouvellement en précisant: « les exercices pieux doivent être réglés en tenant compte des temps liturgiques et de façon à s'harmoniser avec la liturgie, à en découler d'une certaine manière et à y introduire le peuple parce que de sa nature, elle leur est de loin supérieure ». (S.C. - Constitution de la Sainte Liturgie NO 13), il n'appelait pas la disparition de ceux-ci. Par ailleurs. « la Liturgie ne remplit pas toute l'activité de l'Église » (S.C. NO 9). Aussi ne soyons pas étonnés que le chemin de croix connaisse depuis 1983 un attrait nouveau.

 

Les pèlerinages inscrivent naturellement le chemin de croix dans leur démarche; il constitue un moment et un espace spécifiques du pèlerinage. À Lourdes tout particulièrement: sur plus d'un kilomètre et demi les pèlerins gravissent le mont des ESPélugues, marquant les quinze stations monumentales d'un chemin de croix. Pour ceux-ci, le chemin de croix représente un temps fort symbolisant le pèlerinage. Il s'agit d'une action commune: voir et marcher. En regardant les 115 statues, les pèlerins s'appliquent selon la parole de Saint Clément de Rome à « avoir les souffrances du Christ devant les yeux »... allant du Christ à sa vie et à la vie du monde, et des souffrances des hommes au Christ. À l'évidence, le chemin de la croix constitue un moment de grande intensité comme expression d'une vie qui se fait accueillante au salut qu'il annonce, célèbre et fait vivre. Réalisme de la vie humaine, de l'Amour de Dieu, de la foi.

 

Pour avoir accompagné des groupes de « Pèlerins d'un jour », l'auteur a pu comprendre ce que représente et opère le chemin de la croix. C'est donc un itinéraire pratiqué qui est ici commun!qué. Ce chemin de croix n'a trouvé de forme écrite qu'après avoir été donné oralement. il garde présent à l'esprit le parcours de la colline des.ESPélugues et la composition des stations.

 

Plusieurs fils forment la trame des méditations:

 

- un fil historique donnant à retrouver l'événement de la Passion et son déroulement: Christ a souffert la Passion.

 - un fil contemplatif donnant à accueillir le mystère de Dieu manifesté dans la Passion - souffrance et amour passionné de Jésus et sa mort sur la croix... au-delà de la considération affective ou moralisante.

 - un fil existen tiel donnant à chercher une autre manière de vivre pour un renouvellement. Conversion qui n'est pas programmable, mais que chacun, seul, découvre, nomme et à laquelle il consent dans le secret de sa vie. À la source : le Christ rencontré et à suivre.

 

Ce croisement des fils a permis, semble-t-il, uen autre manière devoir, d'entendre... de vivre le chemin de croix. Chaque station centre l'attention sur un aspect et se présente comme une facette d'un prisme: 14 manières de prendre avec Jésus le chemin de l'Amour.

 

Ce texte peut être employé dans une célébration du chemin de croix. Un lecteur, calmement, donne la méditation ; un autre, la contemplation du Christ; un troisième ou le premier fait reprendre l'invocation ; un animateur peut faire prendre le chant proposé en lien avec la station.

 

Des notes en annexes viennent éclairer le texte; il s'agit, soit de considérations familières ou pratiques qui trouvent place dans l'expression orale du chemin de croix, mais conviennent moins à une forme écrite, soit d'informations situant l'événement historique et son contexte.

 

 

Nous allons faire le chemin de la croix, c'est-à-dire le revivre en nous : marcher avec le Christ qui va vers la mort ; marcher avec le Christ qui nous entraîne dans sa Pâque. Il nous faut, avec Lui, passer par la croix pour aller vers la vie.

Le chemin de croix résume le pèlerinage. Il est le symbole de notre vie chrétienne, de ce que nous cherchons à vivre : marcher à la suite de Jésus, mettre nos pas dans ses pas, apprendre à devenir ses disciples. Jésus nous le dit : « Celui qui veut être mon disciple, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive ». Nous ne pouvons pas marcher avec Lui si nous ne prenons pas le chemin qui est le sien.

Il ne s'agit pas sur ce chemin de nous souvenir, dans une attitude doloriste, des derniers moments de Jésus lorsqu'Il marchait vers le Calvaire, mais aujourd'hui de refaire ce chemin, de revivre sa Passion, de L'accueillir en nous, de Le reconnaître au coeur du monde. La croix ne nous fait pas seulement rencontrer la souffrance et la douleur des hommes, mais le Christ qui vit aujourd'hui sa Passion et nous ouvre un chemin pascal, victoire de l’Amour. La croix conduit au-delà de la mort. Elle ouvre sur la vie. Ce chemin de la croix devient chemin d'espérance.

Alors prenons le chemin. Regardons le Christ dans sa Passion. Aujourd'hui la croix de Jésus est pour nous source du salut.

Le signe de la croix est devenu le signe de notre foi. Nous traçons sur notre corps le signe de la croix, le signe de la vie.

 

1ère STATION:

 

JESUS EST CONDAMNE A MORT

 

Jésus est face au pouvoir des hommes. Lui par qui tout a été fait, le voici, les mains liées, livré sans défense. Après une comparution devant les responsables religieux (2) décidés à se défaire de lui, le voici remis au pouvoir politique de César. On demande à Pilate à la veille des fêtes de Pâque de prononcer la sentence de mort contre jésus. Pour cela on l'accuse de menacer l'ordre public, de destabiliser l'empire. N'a-t-il pas dit : « Détruisez ce temple, je le rebâtirai en trois jours »... « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Procédés classiques de dénonciations et fausses accusations pour réduire au silence.

 

Pilate n'est pas dupe. Il devine les calculs. Il voit bien que jésus ne menace rien... qu'en fait, tout cela cache des questions religieuses qui ne le concernent pas. Aussi veut-il en terminer rapidement en présentant jésus à la foule, une fois flagellé.

 

Deux paroles alors retentissent. Profonde vérité cachée dans le propos dérisoire et moqueur de Pilate : « Voici l'homme ! Voici votre Roi ! » (jean 19/5 et 14). Le dérisoire devient prophétique. jésus, cet homme enchaîné, flagellé, bafoué, défiguré, est l'homme véritable, l'homme par excellence.

 

jésus, roué de coups, raillé par les soldats, drapé dans un déguisement impérial (3), couronné d'épines, nous livre dans son impuissance consentie la mesure de la toute puissance de l'Amour divin : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son propre Fils ». A cet instant, jésus est vraiment ce qu'on dit de lui, ce qu'on fait de lui. Il est notre Roi, il est le Seigneur.

 

Contemplons le Christ, doux et humble de coeur sous les injures et la condamnation. Au tribunal des hommes, Dieu est à la merci des calculs et des peurs. Il est là, seul, digne, silencieux.

 

SEIGNEUR, CHANGE NOS COEURS

 

      

             Jésus est condamné à mort

 

 

2ème STATION:

 

JÉSUS PREND LA CROIX

 

jésus prend lui-même la croix, les mains tendues vers le bois (4). B l'accueille maintenant sur ses épaules comme il l'avait déjà accueillie dans son coeur. Cette heure, il la connaissait.

 

La croix ? jésus l'a entrevue depuis longtemps. Non, elle n'est pas un hasard ou une fatalité. Dès le début de sa mission, il sait que seule la fidélité à son Père est son chemin. Dès les tentations dans le désert, il a fait le choix de l'amour et du service en refusant les moyens humains et les formes du pouvoir : le prestige, la séduction, la domination. L'hostilité et la fermeture des coeurs ont récusé sa parole et l'invitation à croire en lui.

 

jésus va librement vers sa mort. Il nous l'a dit : « Ma vie, nul ne la prend mais c'est moi qui la donne » (jean 10/18). Sa vie, elle ne lui est pas arrachée, il nous la donne... car il n'y a d'amour que libre... « Il prend lui-même sa croix » (jean 19/17). On le conduit au lieu-dit du crâne (« Golgotha »), hors de la ville.

 

jésus a accepté la croix ; elle devient le signe de son amour pour le Père et pour tous les hommes. Il nous montre le chemin. Nous aussi, nous devenons libres avec le Christ quand nous acceptons de répondre à la voix de Dieu, de nous engager, de dire oui à ce qui vient, par fidélité au Père, par amour (5). Avec le Christ qui a donné librement sa vie, apprenons à prendre le chemin de lAmour, du don de nous-mêmes. Apprenons à dire oui à nos croix.

 

Contemplons le Christ dans l'acceptation de cette heure, le libre don de sa vie et l'obéissance filiale.

 

SEIGNEUR, APPRENDS-NOUS À MARCHER À TA SUITE.

 

                                                

                                                               Jésus est chargé de sa croix

 

3ème STATION                                                                                                         

 

 

               JÉSUS TOMBE POUR LA PREMIÈRE FOIS                                                                                                                                                               

Jésus tombe sur le chemin. Les Évangiles ne le précisent pas (6) La dévotion, elle, aimera autrement porter un regard attentif et profond sur Jésus, Dieu en notre humanité. D'ailleurs, souvenons-nous : Gethsémani, l'angoisse, la longue nuit, les coups de fouet, les déchi­

rures du corps et de l'âme. Tout cela crée un état de faiblesse. Jésus connaît le poids de la croix, le poids de la souffrance. Ses forces sont

atteintes. Celui qui tombe, c'est Dieu sur nos chemins : Jésus, vrai Dieu et vrai homme (7), Jésus, Dieu-fait-homme... Distance infinie entre Dieu et l'homme. Qu'y a-t-il de commun entre Dieu et sa créature ? Immen­sité infranchissable ! Et pourtant, Dieu en Jésus a pris notre huma­

nité. Il a traversé l'infini pour partager notre vie.

 

Celui qui s'affaisse n'a pas fait semblant de nous aimer. Dieu a pris notre faiblesse. Il s'est fait vulnérable. Il nous rejoint dans nos limites d'homme, lui qui « s'estfait semblable aux hommes en toute chose excepté le péché ». Là où est l'homme dans sa fragilité, dans son impuissance, dans sa pauvreté, Dieu est présent.

 

Contemplons le Christ: quand il trébuche et tombe, il nous ressemble pour que nous lui ressemblions dans la force de son Amour.

Regardons Jésus vrai Dieu et vrai homme. « Dieu avec nous ».

 (... en silence, disons-lui notre foi).

 

SEIGNEUR JÉSUS, TU ES DIEU SUR NOS CHEMINS.

 

           

                       

                                Jésus tombe pour la premièrte fois

 

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4ème STATION :

 

MARIE SUR LE CHEMIN DE JÉSUS

 

Comment Marie ne serait-elle pas proche de son Fils ? Alors que les Évangiles nous montrent Marie présente au pied de la croix, comment ne pas la trouver déjà au milieu de la foule ? N'est-elle pas la première disciple, la première à avoir suivi jésus, à communier à toute sa vie dans la foi ? Celle qui, la première, a accueilli le Verbe dans la foi, le suit sur le chemin du don total.

 

Alors la Mère et le Fils se rencontrent (8). Leur regard se croisent. Tout est dit dans cet instant. Unis par la même souffrance, dans le même abandon.

 

Déchirure du coeur maternel à la vue de son enfant meurtri, rejeté, maltraité, conduit vers la mort comme un brigand.

 

Déchirure de l'âme, car dans la mort du Fils, c'est la vie de la Mère qui est épuisée.

 

Déchirure de l'esprit, dépouillé dans ses raisons de croire et d'espérer. C'est la nuit la plus totale, l'obscurité de la foi : le Fils, porteur des promesses de Dieu, va vers la mort.

 

 

je vous salue, Marie...

  

Avec son Fils, Marie apprend à dire Oui, dans le dénuement absolu. Leurs mains convergent dans un même abandon pour vivre la même Passion.

Jésus s'offre à son Père : « Père, me voici, je viens faire ta volonté ». Marie redit son premier acte de foi : « Me voici, je suis la servante du Seigneur » (9).

 Sur le chemin de nos vies, Marie nous accompagne dans notre propre marche avec le Christ. Elle nous invite à vivre sa foi, à ouvrir nos coeurs et nos mains pour une confiance renouvelée quand la nuit nous enveloppe et nous trouve sans espérance (10).

 

Contemplons le Fils et la Mère unis par la même Passion, partageant la même souffrance. Tous deux sur le chemin de Pâques annoncent l'accomplissement de la promesse.

 

SEIGNEUR JÉSUS, DANS LA FOI DE MARIE, APPRENDS-NOUS À DIRE OUI.

 

 

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5ème STATION:

 

SIMON DE CYRÈNE

AIDE JÉSUS À PORTER SA CROIX

 

Du prétoire au lieu de la crucifixion (11), la distance n'est pas très grande. jésus, exténué, n'en peut plus. Il est déjà tombé. Ira-t-il jusqu'au bout ? Les soldats romains par sécurité réquisitionnent un passant pour aider jésus : « Simon de Cyrène, père d'Alexandre et de Rufus qui passait par là, revenant des champs » (12).

 

Simon n'avait rien demandé, il n'avait pas choisi d'être là sur le chemin de Jésus. Il ne devait avoir aucun enthousiasme à se trouver, au milieu de cette foule, réquisitionné par l'occupant pour accompagner un condamné à mort. Cffincidences des événements, des routes de la vie, où l'on apprend à devenir solidaire par nécessité. jésus et Simon, unis par le bois, ont marché ensemble au même pas. Unis au Christ nous aussi, nous marchons vers la croix.

 

La route du Christ nous rencontre toujours dans l'inattendu, l'imprévu. Avec Simon, nous apprenons à devenir disciples en nous mettant à la suite de Jésus (13).

 

La route du Christ nous demande de nous laisser déranger, d'accepter de nous rendre présents aux autres à une heure que nous n'avons pas choisie, dans des circonstances que nous n'avons pas prévues, à l'heure où ils se tournent vers nous et appellent notre solidarité. La route du Christ nous demande d'accepter le présent de nos vies, de consentir à ce qui survient, d'aller au pas des autres, disponibles et attentifs (14).

  

 

Contemplons le Christ qui nous associe à sa croix. Il nous veut solidaires. il désire que nous marchions les uns avec les autres Pour que triomphe l'AMour.

 

SEIGNEUR JESUS, APPRENDS-NOUS À TE SERVIR DANS NOS FRÈRES.

 

 

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6ème STATION:

 

UNE FEMME ESSUIE LE VISAGE DE JÉSUS

 

1 Cette rencontre si chère à la dévotion est étrangère aux récits des Evangiles (15). Elle vient comme une catéchèse en image nous signifier ce que nous sommes : témoins du Visage de Dieu. Au coeur de la Passion, ce Visage nous est dévoilé, donné, « Véronique » est le nom de tout chrétien. Véronique, c'est-à-dire « véritable image » nous renvoie au Mystère de la rencontre de Dieu en l'homme, en l'homme humilié, sans visage.

 

Alors que Simon... un homme, est contraint à partager la souffrance de Jésus, ici, une femme n'écoute que son coeur. Elle sort du rang, affrontant le regard et le mépris des autres. Elle essuie le visage du supplicié. Le visage de Jésus demeurera gravé sur le linge.

 

Nous côtoyons les autres... Nous côtoyons Dieu, et souvent nos rencontres ne laissent dans nos vies aucune empreinte. Ils sont passés. Leur présence a disparu. Les vraies rencontres accueillent le visage de l'autre, s'ouvrent à son mystère profond. Elles laissent une empreinte durable : elles changent notre regard et notre vie.

 

Tout visage d'homme est à l'image de Dieu et Dieu dans sa Passion a pris notre visage. Dorénavant, tout visage défiguré, abîmé par la maladie, le malheur, le mal, dévoile et devient visage du Christ.

 

Tout visage est donné à ceux qui vont vers l'autre, à travers ces gestes simples et parfois inutiles qui ne changent pas la face du monde, mais gestes du coeur qui éclairent le visage des frères meurtris par la vie.

 

Contemplons le Christ. il est l'homme défiguré, sans visage. il nous dévoile le Visage de Dieu.

 

SEIGNEUR, FAIS-NOUS VOIR TON VISAGE, SEIGNEUR, FAIS-NOUS VOIR TON VISAGE EN NOS FRÈRES.

 

 

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7ème STATION:

 

                                JESUS TOMBE UNE SECONDE FOIS

 

 

 

Une seconde fois, Jésus tombe (16). Dans toute circonstance, même épaulés par la présence des autres, nous demeurons seuls. Jésus est seul, exténué, vidé.

 

Une seconde fois ? Ce n'est plus l'événement ponctuel, unique, momentané, qui suscite compréhension, générosité, émotion. C'est l'événement répété, qui s'inscrit dans la durée, se reproduit. Jésus n'est pas tombé une fois, mais deux. Sa faiblesse à l'évidence n'est pas accidentelle ; elle s'installe... et la répétition instaure le banal, l'indifférence. Il n'est pas rare de voir la dureté venir accabler ceux qui tombent : versatilité des hommes qui vénèrent et flattent qui est grand et utile... puis écrasent qui devient faible et se détournent de lui.

 

Dans nos vies, nous savons bouger devant un appel en faveur d'une détresse soudaine... mais quand l'épreuve se prolonge, quand on retrouve chez les autres les mêmes difficultés, les mêmes misères, les mêmes échecs, les mêmes errements - la déficience chronique - alors notre bienveillance s'amenuise. La répétition conduit à l'impatience et produit l'insupportable (17).

 

Avec Simon, il nous faut attendre que Jésus se relève. Attendre dans la patience, c'est aimer, en acceptant l'autre dans ce qu'il vit, en espérant en lui... en lui donnant le temps. Vivre la patience, c'est accepter l'autre tel qu'il est sans le façonner et le soumettre à notre vouloir. C'est lui faire confiance, croire qu'un chemin est toujours possible. S'il nous arrive - envers nous-mêmes - de nous trouver indulgent, prêts à nous excuser, il nous arrive aussi devant nos propres échecs répétés de nous juger, de nous désespérer, de nous interdire un avenir.

 

« L'amour est patient, il supporte tout. Il ne s'emporte pas. Il excuse tout, croit tout. Il espère tout ». Dieu nous espère toujours. Devenons patients avec les autres comme Dieu nous manifeste sa patience.

 

Contemplons le Christ. Pour chacun, chacune, sa patience est sans limite. il nous aime avec un infini respect. Il rejoint tout homme dans la durée éprouvante de sa pauvreté et de sa misère avec ce que cette situation comporte de dégradant et de désespérant.

(On peut penser à ceux qui connaissent une longue maladie, le chômage, la dépendance de la drogue... Nous pouvons penser à nos propres échecs, endurcissements).

 

SEIGNEUR JÉSUS, APPRENDS-NOUS À ESPÉRER

 

 

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8ème STATION

 

DES FEMMES PLEURENT SUR JÉSUS

 

Dans le cortège, des femmes pleurent (18), se lamentent et se frappent la poitrine - étaient-ce des pleureuses ? des disciples ? Devant la souffrance, comment demeurer insensible ? Comment ne pas compatir ? Devant la souffrance de l'innocent, comment ne pas crier et dénoncer le malheur ?... Ces femmes pleurent. jésus alors ouvre la bouche et dit : « Filles de Jérusalem ne pleurez pas sur moi. Pleurez plutôt sur vous-mêmes et vos enfants » (Lue 23/28).

 

Non, il ne suffit pas de gémir, de se lamenter, de dénoncer le mal ; nos révoltes dissimulent souvent les pleurs de nos impuissances, de nos lâchetés, de nos échecs. 

 

Il faut aller chercher le mal à la racine, au coeur de chacune de nos vies - en renonçant à l'accusation des autres et du monde.

 

La véritable cause de la croix du Christ ? Nos refus d'aimer, d'écouter Dieu. Chacun participe au péché du monde. La croix de Jésus dévoile notre refus de Dieu, notre refus de l'homme. « Dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois de la croix » (1 Pierre 2/24).

 

En prenant le mal, le Christ nous a libérés ; dans sa croix nous trouvons le Salut, source d'une vie nouvelle.

 

Aussi accueillir le Salut nous demande de lutter contre toutes les formes du mal qui ont pour visage : la violence, l'indifférence aux autres, les injustices, le racisme, les égdismes collectifs ou individuels.

 

Accueillir le Salut nous demande de ne pas rester captifs et complices, mais de nous engager à la suite de Jésus.

 

Contemplons le Christ qui nous dévoile la profondeur du Salut et du péché du monde.

 

SEIGNEUR, JÉSUS-CHRIST, FILS DE DIEU, SAUVEUR AIES PITIÉ DE NOUS PÉCHEURS.

 

 

 

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8ème STATION:                                                                                                   

 

 

JESUS TOMBE POUR LA TROISIÈME FOIS                                          

 

Ta force et ta présence seront mon réconfort.

 

Trois chutes... Nombre relatif et en même temps absolu. Ce qui nous est dit n'est pas de l'ordre du quantitatif mais d'une autre dimension à percevoir  comme lorsque Jésus enfant reste trois  jours au Temple, ou dans la mort au tombeau, avant sa Résur­rection le troisième jour.

 

Trois chutes. Écroulement de plus en plus total (19). Jésus tombe à terre, prostré dans la poussière, à l'extrême limite des forces humaines. La face cachée, la face contre terre, il mord la poussière. Il est là l'homme intégral, uni à la terre, « souvienstoi que tu es poussière »... parfaitement humble ! Il est le nouvel Adam, l'Adam véritable, « le terreux », l'Homme nouveau vivant dans l'Esprit.

 

Trois chutes : la descente du divin dans le monde de l'homme, descente totalement accomplie Il s'est anéanti ». Désormais, nul ne sera trop loin pour Dieu puisque Dieu s'est rendu à-terre. Aussi tout homme à-terre trouve Dieu près de lui. Là où est l'homme, là, Dieu vient le rencontrer.

 

Contemplons le Christ: c'est au coeur de l'extrême faiblesse que l'Amour se donne, infini. Il nous sauve dans son abaissement.

 

SEIGNEUR JÉSUS, TU VIENS HABITER TOUTE DÉTRESSE

 

 

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10ème STATION:                                                                                                    

 

JÉSUS EST DÉPOUILLÉ DE SES VÊTEMENTS

 

Avant d'étendre le condamné sur le bois pour l'y clouer, on lui enlève ses vêtements.

 

1,

 

Jésus est exposé aux regards de tous, traité en objet, avili réduit à rien. Alors que la nudité imposée sans ménagement, est une manière de lui enlever toute identité (20) et toute existence sociale en le livrant à la dérision des uns, à la honte des autres, la vie de Jésus trouve en ce moment l'expression la plus totale du dépouillement. Le Christ se livre sans rien retenir de lui, de tout ce qui vient des hommes.

 

'Ainsi l'humanité bafouée découvre Dieu avec elle. Tant d'hommes traités comme des objets sans importance, au gré des intérêts. Dignité méprisée d'enfants, d'hommes et de femmes.

 

Désormais aucun homme, si profonde soit sa misère, ne sera plus seul, puisque Dieu en Jésus s'est trouvé rangé parmi les exclus, les méprisés (21).

 

Désormais, nul ne peut avilir un homme sans avilir Dieu nul ne peut se détourner de son frère sans se détourner de Dieu. Désormais, la dignité, la beauté, la grandeur de tout homme ne se connaissent qu'en regardant le Christ, dépouillé.

 

Contemplons le Christ dans son dénuement. En lui tous les humiliés sont rejoints par Dieu. Tout homme connaît en lui sa dignité et sa valeur inaltérable.

 

SEIGNEUR JÉSUS, APPRENDS-NOUS LA VÉRITÉ DE L'HOMME ET SA DIGNITÉ.

 

 

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11ème STATION:

 

JESUS EST CLOUE SUR LA CROIX

  

 

« C'était la troisième heure et ils le crucifièrent » (22). Désormais jésus et le bois sont unis jusqu'à la mort. jusqu'alors il y avait le chemin ; maintenant l'irrémédiable est là, le don sans reprise. Dieu à jamais s'est identifié à la croix, folie pour les uns, scandale pour les autres, misère et déchéance de l'homme.

 

À cette heure, le Christ est allé jusqu'au bout de lui-même. Ainsi, « il nous a aimés jusqu'au bout »... Jusqu'au bout... jusqu'à l'extrême. Nous comprenons dans ces pauvres expressions l'immensité d'Amour, le franchissement de la limite, le sans-mesure.

 

C'est parce que Dieu nous aime ainsi qu'il a accepté et pris la souffrance. Bien sûr, dans la longue histoire des hommes, Jésus n'est pas le premier et ne sera pas le dernier à être condamné, torturé, mis à mort : ce qui change tout, c'est la passion de l'Amour qui.conduit jésus à vivre sa Passion et à mourir pour faire vivre. A jamais, la croix est le signe de l'Amour crucifié.

 

Aimer jusqu'au bout : nous en savons le risque. Combien coûtent les fidélités, la persévérance. Combien il est difficile de nous donner totalement sans nous reprendre - dans la vie familiale, le mariage, les engagements pris, les liens... comme dans la foi, la fidélité à Dieu... que de lassitudes, de remises en questions, d'arrêts, de découragements ! D'échecs aussi !

 

Apprenons près du Christ la véritable fidélité, le courage d'aimer jour après jour, jusqu'au bout, de laisser refleurir l'espérance dans une confiance renouvelée, retrouvée (23).

 

Contemplons le Christ. Pour nous aimer, librement il s'est fait dépendant des hommes ; pour nous faire trouver la vie, il a accepté de perdre la sienne. Saint Paul nous invite à partager sa certitude: <c Ma vie, je la dois au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi ».

 

Le Christ dans sa mort nous a aimés, chacune, chacun. Pour chacun il s'est livré. Mystère d'Amour.

 

SEIGNEUR JÉSUS, TU NOUS AS AIMÉS JUSQU'AU BOUT

 

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12ème  STATION

 

JÉSUS MEURT SUR LA CROIX

 

Voici l'heure du total abandon (24). jésus ne retient pas la vie. Il nous la donne dans sa mort. Il nous remet son Esprit. « Comment vais-je faire pour mourir ? », se demandait une sainte. Interrogation de tout homme devant la nuit de la mort, gagné par l'angoisse.

 

jésus meurt en aimant. Son regard va de son Père, aux hommes, de l'Eglise naissante avec Marie, sa mère, et jean, l'apôtre, à son Père.

 

Tout est donné, tout est pardonné... tout est accompli. Le Christ meurt pour que ceux qui étaient morts, vivent.

 

La croix se dresse à jamais entre ciel et terre ; ses bras s'étendent sur la terre et l'enveloppent. Elle devient l'arbre de vie d'une humanité nouvelle.

 

Bras vertical, planté en terre : il nous fait regarder le Fils crucifié pour rencontrer le Père et nous découvrir ses enfants bien-aimés. Qui cherche Dieu et son Visage le rencontre en jésus en croix : « Nul ne va au Père sans passer par moi ». « Qui me voit, voit le Père ».

 

Bras horizontal qui nous fait regarder le Fils crucifié pour nous découvrir frères les uns des autres, nés de l'Amour d'un même Père... Frères, nous le sommes déjà dans le Christ, puisque nous sommes les enfants du Père.

 

Quand cette croix du Christ est tracée sur nos corps, c'est un espace nouveau, ouvert par le Christ, que nous exprimons, espace de la communion trinitaire, inscrit dans nos vies depuis notre baptême: nous sommes renés à la vie. Quand la croix du Christ est tracée sur nos corps, rappelons-nous la parole du prêtre lorsqu'il accueille un nouveau baptisé : «Je te marque de la croix, le signe du Christ, notre Sauveur ». (Tracer lentement sur nous le signe de la croix).

 

Bras noués dans l'Esprit qui est communion du Père et du Fils.

 

Contemplons le Christ les bras ouverts pour rassembler les hommes et en faire ses frères.

Contemplons Jésus le Crucifié: la plaie de son coeurtranspercé nous dévoile le Coeur de Dieu.

 

SEIGNEUR, DANS TA MORT TU NOUS FAIS VIVRE

 

 

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13ème STATION:

 

JESUS EST DETACHE DE LA CROIX

ET REMIS À SA MÈRE

 

1 i

 

1

 

Le corps de Jésus est décloué de la croix, rendu aux quelques amis dévoués. Marie reçoit sur ses genoux le corps de son enfant, mort. Là se dit tout le tragique de la puissance du Mal absolu : Dieu est devenu silence dans la mort de l'homme.

 

Les piéta (25) ont aimé exprimer l'immensité de la peine, l'intensité de la douleur. La souffrance du Christ se continue et s'achève en Marie. Avec elle, en elle, c'est toute l'Église qui communie à la mort du Christ, s'unit à son sacrifice.

 

Marie reçoit son fils sans vie ; en lui, elle reconnaît sa propre vie ; en lui nous reconnaissons notre humanité. « Voici mon Corps livré pour vous » : ce Corps livré et reçu a été façonné par Marie.

 

« Voici mon Sang versé pour vous : ce Sang versé, le Fils l'avait reçu de Marie.

 

Au pied de la croix de don est effectif, la vie communiquée. L'Église naît de ce don. Elle devient le Corps du Christ en accueillant son Corps livré et son Sang versé pour la rémission des péchés - ce que nous faisons quand nous nous rassemblons pour l'Eucharistie.

 

Marie, Mère du Christ est présente dans l'Eucharistie pour continuer à nous donner son Fils. Elle devient vraiment notre Mère, Mère des membres du Christ, Mère de l'Église. Mère de l'unique Corps du Christ.

 

Là où est le Christ, là est la Mère. Là où est le Christ, là est l'Église.

 

Au pied de la croix, nous recevons de Marie le Corps du Fils de Dieu.

 

Contemplons le Christ: « Salut, ô vrai Corps né de la Vierge, vraiment ayant souffert, immolé sur la croix pour l'homme » (Ave verum XIX).

 

Au Calvaire, dans ses bras, comme pour une nouvelle naissance, Marie porte et nous donne le Corps du Christ, son enfant. il est notre vie.

 

SEIGNEUR JESUS, PAR MARIE, NOUS TE RECEVONS.

 

 

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14ème  STATION:

 

JÉSUS EST MIS AU TOMBEAU

 

Avant la tombée de la nuit, on dépose le corps de Jésus dans un tombeau prêté par un disciple (26)... Il faut faire vite. Nuit du tombeau ; clôture de la mort. La pierre du tombeau ferme le passé. Tout est fini. Les derniers fervents se dispersent. Chacun regagne sa vie.

 

Souvenons-nous : deux hommes faisaient route vers Emmaüs. Ils sont rejoints par un voyageur qui leur dit : « de quoi parlez-vous ?...

 

- Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci.

 Quels événements ?

 - Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth. C'était un prophète puissant par ses actes et ses paroles... Nous espérions qu'il serait le libérateur d'Israël... Voilà déjà trois jours que ces choses se sont passées ! Quelques femmes sont allées au tombeau de bon matin ; elles n'ont pas trouvé son corps. Elles disent avoir eu une apparition : des anges qui disaient qu'il est vivant. Mais les nôtres ne l'ont pas vu ».

 

Avec les pèlerins d'Emmaüs, l'espérance est sans horizon. Le silence de la mort règne...

 

Il faut regarder plus profond : car avec le Christ, c'est toute l'humanité qui gît dans la mort. Comme nous le disons dans le « Je crois en Dieu », « le Christ est descendu aux enfers », c'està-dire dans le séjour des morts, dans le lieu du repos, de l'attente, là où la mort est sans issue (27).

 

Dieu en Jésus descend dans la nuit de l'homme. Il vient rejoindre son néant pour le chercher, partager la froide solitude de l'enfer là où Dieu est inconnu. Dieu partage jusqu'à la mort le sort de l'homme. L'amour n'a d'autre limite que lui-même : et Dieu est allé jusqu'au bout de l'abîme chercher Adam enchaîné, perdu, sans avenir.

 

Le Christ brise les verrous de la mort pour nous éveiller à la vie : « Relève-toi d'entre les morts », nous illuminer, nous ressusciter. Par sa victoire sur le mal, il nous délivre et nous entraîne vers le Père.

 

Le Christ vient rejoindre chacune, chacun de nous. Il vient habiter nos morts, celles que nous vivons chaque jour quand nous nous laissons enfermer dans le désespoir, le goût du néant, quand nous

 

préférons la solitude de l'enfer à l'amour et au pardon qui réconcilient. C'est du coeur de l'homme que le Christ ressuscite.

 

Laissons le Christ descendre dans nos morts, nous prendre par la main, nous entraîner vers la vie.

 

Contemplons le Christ venu à notre rencontre jusque dans la mort. Il vient nous relever. Il ouvre nos yeux sur un jour nouveau. Avec lui commence une nouvelle création.

 

SEIGNEUR, AU BOUT DE LA MORT, IL Y A LA VIE.

 

 

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15ème STATION:

 

AU-DELÀ... PAQUES

 

Nous avons suivi jésus sur le chemin de la croix (28) La croix n'est pas le terme. Elle est passage. Nous avons avec le Christ à faire le passage.

 

Nous ne sommes plus là au plan des événements repérables, vérifiables, délimités dans le temps. La Résurrection de Jésus, sa Pâque victorieuse ne se situe pas sur le même plan, à la suite de ce que nous venons de revivre. La Résurrection ne s'enferme dans aucun temps, dans aucun espace. Elle les transcende. Cet événement transfigure la croix. Il est le coeur de la foi chrétienne. « Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vide, inutile ». La révélation chrétienne ne consiste pas à « croire que Dieu existe »... mais à croire que Dieu a pris notre humanité pour la diviniser. La Résurrection est le témoignage de l'Alliance renouée. L'Amour est à jamais vainqueur.

 

Au matin de Pâques, les femmes allaient au tombeau pour accomplir les rites funéraires. Elles se demandaient : cc Qui nous roulera la pierre ? »... Voici que la pierre est roulée. La nuit n'est plus la nuit ! Le jour nouveau est entré dans le tombeau. Là où l'ombre régnait dans l'espace clos, la lumière est venue, dissipant les ténèbres. Le Christ est ce jour nouveau.

 

Le tombeau ne contient plus la mort, la vie s'est répandue. Pâques une parole nouvelle, une Bonne Nouvelle : nous sommes faits pour la vie... pour la vie éternelle.

 

« Qui demeure en moi et moi en lui possède la vie éternelle ».

 

 

 

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               NOTES

 

Prendre le chemin

 

(1) Les pèlerinages à Jérusalem commencent au IV, siècle au terme des persécutions. Ils ont pour but moins de localiser le passage du Christ que de revivre par le souvenir et la prière les événements du Salut. Il s'agit de mettre ses pas dans les pas de Jésus, de devenir disciple.

 

Aussi, après les croisades qui se présentent comme une autre forme de pèlerinage, le chemin de croix va apparaître au cours du Moyen-Age comme un substitut au pèlerinage spirituel. Cette dévotion rencontre un autre courant : le développement - notamment avec Francois d'Assise - de la dévotion à l'humanité du Christ, une tendresse pour le Christ souffrant. Le chemin de la croix est au confluent de ces deux expressions spirituelles. Il consistera donc à méditer pas à pas la Passion du Christ, à communier à sa Passion. Un lien étroit unit intimement pèlerinage et chemin de croix. On comprend dès lors la place particulière du chemin de croix dans la pastorale du pèlerinage. Le chemin de croix contient et résume le pèlerinage.

 

Le chemin de croix - notamment à Lourdes où il comprend le déplacement - symbolise un chemin à vivre : celui du Christ, le nôtre. Il associe le corps, le coeur, l'imaginaire.

 

D'autres organisations des stations pourraient légitimement être proposées ou envisagées, d'autres récits évangéliques y trouver place. En 1991, la Via Crucis parcourue à Rome par le Pape présentait un schéma des stations renouvelé :

 

1) Jésus à Gethsémani. 2) Jésus trahi par Judas est arrêté. 3) Jésus est condamné par le Sanhédrin. 4) Jésus est renié par Pierre. 5) Jésus est jugé par Ponce Pilate. 6) Jésus est flagellé et couronné d'épines. 7) Jésus est chargé de sa croix. 8) Jésus est aidé par le Cyrénéen à porter sa croix. 9) Jésus rencontre les femmes de Jérusalem. 10) Jésus est crucifié. 11) Jésus promet son Règne au bon larron. 12) Jésus sur la croix, la mère et le disciple. 13) Jésus meurt sur la croix. 14) Jésus est déposé au tombeau.

 

Le chemin de croix de Lourdes que nous parcourons, que nous aurons sans cesse sous les yeux, non seulement a une organisation, celle qui est dorénavant traditionnelle, mais par sa statuaire, la composition des tableaux, les expressions des personnages, il induit une certaine lecture, événementielle ou spirituelle.

 

« Jésus sera à l'agonie jusqu'à la fin du monde » (Pascal).

 

Première Station

 

(2) Le droit de mettre à mort et de faire exécuter la sentence n'appartient pas au Sanhédrin. Seuls les romains - pense-t-on - ont le droit et ce pouvoir en fait.

 

Il ne semble pas qu'il y ait eu au sens strict du terme et selon les formes légales connues, un procès devant le Sanhédrin, mais plutôt une comparution. Les adversaires de Jésus sont à ce moment parmi les grands-prêtres, les Anciens et les Scribes, donc des membres du Sanhédrin, du grand Conseil dirigé surtout par les Sadducéens. Ce sont ces derniers qui remettent Jésus à Pilate pour un procès politique. Celui-ci a lieu après le chant du coq, au petit jour. Il s'agit bien, sous couvert politique, de faire juger ce qui est apparu comme un délit religieux majeur : l'annonce de la fin du Temple, Les motifs politiques avancés seront la grève de l'impôt et l'affirmation messianique : ainsi Jésus est dénoncé comme un agitateur. En agissant ainsi, le groupe concerné, très habilement, se défait de Jésus : Pilate en sera responsable ; la mise à mort sera rapidement exécutée ; le caractère religieux se trouvera camouflé.

 

(3) Parodie de royauté. Raillé par les soldats, Jésus recoit une couronne d'épines ; il est revêtu du manteau de pourpre d'un soldat « - Hérode pouvait se parer du diadème, revêtir le manteau rouge, insigne de sa fonction royale - comme les autres dynasties inféodées à Rome.

 

Flagellation.

 

Le coupable recoit 40 coups selon la loi juive, pas plus (Dt 25) ; d'où limités à 39. Présenté comme séditeux, Jésus a pu être flagellé par deux fois - avant et après sa condamnation - une première fois, expédient pour apitoyer le peuple et ensuite, après la sentence, prélude à la peine capitale selon la loi romaine (Pilate). Supplice brutal, laissé au bon plaisir.

 

La peine prononcée.

 

Jésus sera condamné comme rebelle politique, agitateur. La crucifixion est la peine réservé aux délits d'Etats (esclaves fugitifs, révolte contre l'Empire). Elle était le châtiment des esclaves.

Le procès chez Pilate eut lieu à la pointe du jour - selon l'habitude. Affaire expédiée.

 

Deuxième Station

 

(4) 115 statues composent le chemin de croix de Lourdes, personnages en fonte réalisés par la Maison Raffi de 1901 à 1912 composant les 14 stations offertes par des pèlerinages.

Ici à Lourdes, le statuaire montre Jésus les deux mains levées vers la croix : attitude active, libre...

 

(5) Etre libre, ce n'est pas faire ce qu'on a envie, comme on le pense, mais trouver la vie, faire la vérité, obéir à la Parole de Dieu (obéir, ob-ouïr, écouter).

 

Troisième Station

 

(6) Le chemin de croix dans sa forme actuelle avec ses 14 stations date du XVIle : Espagne, Italie. Répandu au XVIlle, il sera généralisé et popularisé en france au début du XIXe. On rencontre les 14 stations en France vers 1750.

 

Auparavant existent diverses traditions, notamment une dévotion autonome aux chutes de Jésus (Allemagne, XV, ; Pays-Bas). Le nombre de ces chutes est varié, généralement 7 (chiffre parfait), mais aussi entre 5 et 22, exceptionnellement 33 (chiffre symbolique). Il ne s'agit pas du récit de la Passion, mais d'un regard prolongé et contemplatif sur Jésus, sur sa Sainte Humanité. Un regard intérieur de recueillement et d'impression. 

 

(7) Jésus vrai-Dieu et vrai-homme. Nous avons du mal à réunir Dieu et l'homme par un trait d'union : Dieu-fait-homme : affirmation première de la foi chrétienne. Les uns insistent sur la divinité, gommant l'humanité qui devient alors un « habillage » ; d'autres insistent sur l'humanité de Jésus, prophète abandonné et crucifié, l'homme semblable aux autres, fils adoptif de Dieu. Tensions permanentes de la foi tout au long de l'histoire de l'Eglise dès les premiers siècles, comme de notre histoire personnelle.

 

 

Quatrième Station

 

(8) On peut penser que la rencontre de Jésus et de Marie lors de la Passion intervient alors qu'ils ne s'étaient sans doute pas récemment revus : rien ne permet d'envisager raisonnablement l'hypothèse de femmes présentes à la Cène. (« Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze »).

 

Avant la Cène et l'entrée à Jérusalem, il semble que Jésus ne cherche pas à se faire arrêter. Il connaissait le danger. Aussi il va et vient entre le Jourdain et Gethsémani (le jardin des huiles), lieu où il séjourne avec ses disciples. On mentionne : EphrÉim, Béthanie - chez ses amis -Bethphagée. En ce moment où son « Heure n'est pas encore venue » mais où l'hostilité grandit, Jésus conforte les siens, vivant en retrait sans chercher l'affrontement, en se cachant même d'une certaine manière, mais sans rien faire contre la menace qui pèse sur lui.

 

(9) « Il n'y avait qu'une volonté du Christ et de Marie et tous les deux offraient ensemble un seul holocauste. Lui, dans le sang de sa chair, elle, dans le sang du coeur ». (Arnaud de Chartres - vers 1150).

 

L'union dans le même abandon se lit dans la composition statuaire du chemin de croix de Lourdes, dans les mains ouvertes et le regard de Jésus et de Marie.

 

(10) « Marie au moment de l'Annonciation s'était alors entendu dire : « Il sera grand... il règnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n'aura pas de fin »... Et maintenant Marie est témoin - humainement parlant - d'un total démenti de ces paroles. Son Fils agonise sur ce bois comme un condamné... » (Jean-Paul Il - Redemptoris Mater n° 18 - 1988).

 

Cinquième Station

 

(11) Jésus monte vers le Calvaire entre 9 h. et 12 h. selon la chronologie différente des Evangiles.

 

(12) Simon de Cyrène. Son nom indique un juif provenant de la diaspora (Ptolémée - 200 avant J.-C. - avait su utiliser nombre de captifs juifs pour les installer comme soldats laboureurs en Egypte et en Cyrénàique(Christiane Saulnier).

  

L'Evangile nomme ses deux fils Alexandre et Rufus. Il revient des champs quand la chaleur devient déjà pesante.

 

Les évangélistes marquent différemment l'attitude de Simon. Ici, il est « réquisitionné », là, « chargé » ; on nous le montre alors, figure du disciple, marcher à la suite de Jésus. De plus, on mentionne que Simon reçoit la croix de Jésus. c< Les soldats chargèrent Simon de Cyrène de la croix pour la porter derrière Jésus » (Luc 23/26).

 

On s'accorde à penser que - en fait - le supplicié portait une seule poutre, la poutre transversale (patibulum) ; l'autre (stipes) demeurait ordinairement fixée au lieu du supplice. Le condamné avait les bras attachés sur le patibulum (poids : de 30 à 50 kg).

 

(13) Dieu a besoin des hommes. Le Christ a besoin de notre participation à sa Passion. Il ne nous sauve pas sans nous. Il nous associe à son sacrifice d'Amour.

 

(14) Notre générosité est souvent momentanée, liée à l'émotion très fortement médiatisée (cf. les opérations relayées ou organisées par les médias), ou à notre soudaine disposition enthousiaste, pauvre en persévérance.

 

Sixième Station

 

(15) Ce récit - non évangélique - apparaît au IV,. Un entrecroisement de légendes entre le Ve et le Vlle conduira à l'apparition de Véronique sur le chemin de croix au XVe. Auparavant, -après une période de personnages indistincts (Bérénice, Véronique) - l'élément primordial étant le culte du Christ souffrant avec la vénération d'un linge et la dévotion à la Sainte Face (Xle-XIII) - le personnage de Véronique va devenir déterminant ; elle devient alors actrice dans la Passion en essuyant la face de Jésus.

 

« Véronique selon l'opinion ordinaire - non assurée - viendrait de « vera » eikôn : vraie image (Littré). Son nom, tout en provenant d'une transformation de « Bérénice », offre une lecture symbolique de l'identité du chrétien, « véritable-image ».

 

 Septième Station

 

(16) La traversée de la ville fait partie du supplice. Du palais de Pilate au Golgatha - hors de la ville, un chemin pierreux d'une distance estimée à 500 mètres. Une population dense en ces fêtes de Pâques (25.000 à 100.000 personnes) est présente à Jérusalem.

 

(17) Chacun connaît des situations éprouvantes, difficiles à supporter : personne malade à soigner ; défauts constamment rencontrés ; choix des autres contraires à notre attente, à nos convictions ; échecs...

 

Chacun sait dans quelle situation, envers qui il - elle - doit vivre la patience... Nous sommes impatients parce que nous ne savons pas aimer. « L'Amour est patient, il supporte tout ». Aimer, c'est espérer. Aimer, c'est croire à un avenir pour l'autre, lui faire confiance, l'attendre dans la patience.

 

Huitième Station

 

(18) Qui étaient ces femmes ? Des saintes femmes disciples de Jésus ou plutôt des pleureuses professionnelles ? Des femmes distinguées de Jérusalem préparaient des breuvages - un vin aromatisé - et les apportaient aux condamnés (cf. note « Bible de Jérusalem », Luc 23/27). Ce vin avec de la myrrhe avait un effet analgésique. Jésus refusa. Il s'agit d'une fonction d'accompagnement, de compassion à l'égard des condamnés.

 

Neuvième Station

 

(19) La composition statuaire à Lourdes présente Jésus à terre, étalé de tout son long.

 

Le chiffre trois symbolise le monde divin, l'unité dans la communion ; il exprime l'incommensurable (forme de superlatif, ex : saint, saint, saint). Répéter trois fois n'est pas anodin : cf. 3 chutes de Jésus ; 3 reniements de Pierre, etc... Le nombre 3 représente une forme de perfection puisqu'il a en lui un commencement, un milieu et une fin... Ici : la perfection de l'abaissement et de l'unité humano-divine.

 

Dixième Station

 

(20) « La nudité imposée est un élément important des techniques d'abaissement social pour faire perdre à quelqu'un son identité ».

 

Les romffins livraient les suppliciés nus, En Palestine, par respect des coutumes des juifs, ils n'agissent pas ainsi. Jésus demeura vêtu. Le condamné garde un linge autour des reins après que son vêtement, sa robe, lui soit ôté.

 

(21) Un homme ne peut jamais être un « vaut-rien »... quelle que soit sa vie, ses méfaits, ses croyances, ses actions, sa race... sa dignité n'est réductible, ni à sa manière d'être, ni au regard des autres.

 

La valeur de l'homme ne dépend pas de l'homme ! Nous savons bien à quelles aberrations et relativités cela conduit lorsque l'homme est la mesure de l'homme.

 

Toute vie, quelle qu'elle soit, reçoit du Christ sa noblesse. Le visage du Christ nous dévoile la dignité de l'homme. Ce qui est le plus grave, ce n'est pas le mal commis, les atteintes à la dignité, mais nos arrangements quand nos comportements deviennent la norme de la vérité de l'homme.

 

Onzième Station

 

(22) Jésus est cloué sur la croix - entre 9 h. et 12 h. Nombreux sont les crucifiés : devant Jérusalem, en 4 avant J.-C. : 20.000 crucifiés. Les romains connaissaient des crucifixions massives. La crucifixion sera abolie en 311 par Constantin.

 

- Les romains clouent généralement les mains et les pieds. Les mains le sont au niveau des poignets et non dans la paume de la main comme les peintres aiment le représenter.

 

- La cruxificion commence au sol en fixant les bras sur le « patibulum ». Puis, on élève et attache le patibulum au « stipes ».

 

- Le motif de condamnation et le nom du condamné sont inscrits sur le « titulum » porté par le condamné et cloué ensuite au sommet du stipes (hauteur de 2,50 m à 3 m).

 

- Les jambes plus ou moins fléchies sont clouées. Une banquette, la « sédille », empêche l'affaissement du corps et la mort rapide.

 

- La mort résulte d'une tétanisation ou de l'asphyxie ; elle peut se produire après une longue agonie de plusieurs heures. Le crucifié peut se prolonger jusqu'à 24 h. à 2 jours (la banquette et le support des pieds faisant prolonger le supplice).

 

(23) Difficulté, crise des liens. Nous connaissons le refus de dépendre, la volonté d'affirmation. Quand la confiance et l'amour ne portent plus l'avenir, tout lien apparaît comme une dépendance insupportable, toute obéissance comme un esclavage... Dieu est toujours fidèle envers nous. A tout instant, il nous rejoint, là où nous sommes, pour créer une histoire nouvelle.

 

Douzième Station

 

(24) Jésus est mort hors de la ville, crucifié le 14 Nisan, veille du Sabbat et des célébrations pascales, sous Ponce Pilate, à l'heure de l'immolation des agneaux au Temple (15 h.).

 

Dans l'hypothèse d'une chronologie, des auteurs formulent la date du 7 avril 30, veille de la Pâque. Jésus a environ 36 ans.

 

Deux autres condamnés étaient avec lui, des séditeux. Les zélotes proprement dits apparaissent plus tardivement en 70.

 

  

Treizième Station

 

(25) La « piéta » va prendre une grande importance dans l'art à partir du XIV, (succédant à la Vierge à l'Enfant) en Italie, Allemagne, mais surtout en France. Au début, Marie porte sur ses genoux le corps raidi de son enfant à la Renaissance, le corps est à terre.

 

La Vierge de pitié trouve son origin e à Byzance dès le Xle siècle. L'importance de cette expression manifestant la compassion de la Vierge souligne le réalisme de la souffrance : nous avons là un témoignage de la spiritualité du Moyen-Age qui met l'accent sur l'humanité du Christ (cf. aussi la crèche) et le réalisme de l'Incarnation.

 

L'Occident marqué par le tragique, l'empire du mal regarde la croix comme un combat caractérisé par l'extrême souffrance. L'Orient nous montre sur la croix, le Christ vainqueur et Seigneur : yeux ouverts, position droite, couronne royale. Le Christ règne sur la croix.

 

  

Quatorze Station

 

(26) Les romains tolèrent et prévoient la sépulture pour les condamnés. Pilate la permettra. On avait coutume de s'assurer de la mort en brisant les jambes (Jésus était « déjà mort, alors les soldats lui percèrent le côté d'un coup de lance »).

 

La sépulture devait avoir lieu avant le coucher du soleil ; il était interdit de laisser les morts plus de 24 heures et la nuit durant, sinon ils se trouvaient privés de repos, réprouvés à jamais (défiguration du visage divin de l'homme). Le tombeau était là tout proche, creusé dans la roche, dans un jardin qui avait été créé sur une ancienne carrière.

 

Une pierre vient fermer la grotte.

 

(27) Les enfers

 

Lieu où reposent les morts (le shéol). Tout ce qui s'oppose à la vie, à la résurrection promise, force du mal ce qui détruit l'homme.

 

Les icônes de l'Orient de la Descente aux Enfers célèbrent la Résurrection ; elles représentent le Christ victorieux, sortant du tombeau, prenant à sa droite Adam, à sa gauche Eve, pour les relever de la mort et les faire naître « humanité nouvelle ».

 

Au-delà

 

(28) En 1962, les « Notes de Pastorale Liturgique » n° 37 proposaient chemins de croix selon les 4 évangélistes avec une quinzième station évoquant la Résurrection.

 

En 1979, une quinzième station fut créée à Lourdes : une simple pierre ronde... évocation de la pierre roulée ; symbole du soleil brillant à jamais.

 

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          BIBLIOGRAPHIE

Supplément Dictionnaire de la Bible.

 

-  Dictionnaire de Spiritualité

                                                                                                                                                                                                         

-  Chemin de croix (croix) ; Passion ; Marie.

 

-  Le monde de la Bible (revue).    n° 53, n° 43, n° 50, n° 2.                                                                                                                                                                        

 -   Notices historiques, de F. Bourdeau.     

                                                                                                                                                                           

-   Hugues Cousin : Le prophète assassiné.    1976, Ed. J.-P. Delarge.                                                                                                        

                                                                                                                                                                                                      

-  Cahiers Evangile et Vie.

 

-  Martin Hengel. Lectio Divina n° 105: La crucifixion dans l'antiquité. 1981, Ed. Cerf.

 

-  Kurt Schubert. Lectio Divina n° 84    

                                                                                                                                                                                   :

- Jésus à la lumière du judaïsme du premier siècle.1974, Ed Cerf.

      

 


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