Concile Vatican II   



Le renouveau

 de Vatican II

constitution conciliaire Sacrasanctum concilium

  Conférence donnée à l'occasion du 40° anniversaire de la constitution conciliaire

   

 

40 ans est le symbole d’une traversée, d’une durée  qui affecte une existence  et un passage à vivre .

 

Mais il ne s’agit pas de s’attacher à commémorer un événement du passé, mais de le considérer dans la lumière de ce qu’il représente dans nos vies de baptisés aujourd’hui : La liturgie est bien  la source  à la quelle nos vies, en Eglise, s’abreuvent ; elle est comme la fontaine de village selon la belle image du pape Jean XXIII, fontaine du Christ qui jaillit au cœur  de nos communautés.

 

Il s’agit bien d’écouter le chant de cette source  présente au cœur de l’Eglise, voix du Christ qui nous invite à sa rencontre .La liturgie est au cœur de la vie de l’Eglise.

 

Dés lors nous ne pouvons pas faire un bilan de cette réforme comme si cet événement nous était extérieur ou appartenait à un temps révolu. Cet événement conditionne notre expression de croyants aujourd’hui. Il s’adit d’un acte de mémoire concernant notre propre vie .

 

Et cependant quand nous pensons à ce que nous vivons dans nos rassemblements liturgiques un certain nombre de points bien concrets nous viennent à l’esprit  . ils sont présents à la mémoire de beaucoup ,même si les plus jeunes sont là  devant une page d’histoire de l’Eglise comme quand on écoute parents et grands parents parler d’un passé inconnu, mais ce passé fait  chaud au cœur parce qu’il est  le bien commun, l’histoire de chacun  .

 

Chacun pourrait un instant comme lors d’ un sondage se demander ce qu’il dirait si on lui demandait de dire une chose qui résume la réforme liturgique :

 

Les uns :

Ø     la langue vernaculaire, la langue des peuple … entendre les merveilles de Dieu dans sa propre langue. « Quel bonheur de prier Dieu dans sa langue » : n’est-ce pas des propose souvent entendus et partagés ?

Ø     D’autres l’autel face au peuple, comme autre mode de participation et de communion à la célébration du mystère.

Ø     la redécouverte de la pratique ancienne de la communion dans la main .

 

Ces 3 éléments qui ne furent  ni les premiers ni  imposés d’entrée de jeu ont eu un impact important ; ils ont été vécu comme de  profonds changements On mentionnera aussi :

1.     La mise en place d’un cycle  triennal de 3 lectures, cycle qui embrasse l’ensemble des Ecritures, mettant en relation étroite l’Ancien Testament et l’Evangile, la promesse et la réalisation du salut,

 

2.     la simplification de telle ou telle partie de la messe , trop alourdis par les ajouts du temps : les actes préalables et postérieurs ( prières au bas de l’autel avant et après la messe), mais surtout , les rites de l’offertoire , qu’on appelle généralement la présentation des dons …ou encore les rites de la fraction du pain, …simplification pour mieux mettre en lumière l’intelligence des rites, ce qu’ils signifient .

 

 

3.     la possibilité pour les fidèles de communier sous les deux espèces lorsque c’est réalisable … même si   ce point n’a pas encore trouvé sa juste application .

 

4.     la multiplicité et variété  des formulaires liturgiques, permettant et appelant des choix appropriés : rappelons en quelques uns pour mémoire, pour nous redire que certains  choix  sont à faire dans la célébration, dans sa préparation .

q       plusieurs formes de préparation pénitentielle (dont l’aspersion comme rappel du baptême et signe de purification)

q       10 au moins prières eucharistiques

q       un grand nombre de préfaces : une centaine environ  au lieu des 15 antérieurement

q       les 2 symboles de la profession de foi (sans oublier le formulaire dialogué du baptême, de la confirmation et de la veillée pascale)

 

5.     la participation active de l’assemblée et  notamment le  chant : comment à cet égard ne pas se réjouir des changements - si peu escomptés - qui ont marqué nos assemblées dont les voix unies ont appris à chanter Dieu..

 

6.     le renouveau de la Liturgie des Heures, de l’office divin … qui n’est pas une récitation (du bréviaire i.e. la lecture pieuse d’un livre  , mais   l’acte de louange  et l’intercession constante de l’Eglise).

 

Cette réforme pratique ne doit pas nous cacher la réforme doctrinale.

La mise en œuvre liturgique ne doit pas nous cacher la signification et la réalité spirituelle de cette réforme .

 Comme le pape Paul VI  aimera le dire , le Concile Vatican II  a voulu permettre pour l’Eglise , « une vraie renaissance ». Le pape Jean Paul II dans sa lettre écrite à l’occasion du 25° anniversaire dit «  la réforme liturgique devait contribuer à la revalorisation globale de l’Eglise » (88)

 

Comprenons bien : nous n’avons pas fini d’entrer dans cette réforme, de nous approprier  ce don que l’Esprit Saint et  l’Eglise nous ont fait. Nous sommes même à une nouvelle étape où après les changements formels, nous accédons à une compréhension plus intérieure , celle que la constitution développe dans  son premier chapitre . Comment ne pas souhaiter que des chrétiens et tout naturellement les membres des équipes liturgiques relisent attentivement ce premier chapitre  comme une lettre qu’on aime relire et qui livre des résonances nouvelles.

 

 

Nommons  quelques aspects   présents au cœur de toute liturgie , reconnaissons les :

 

1 – Le Christ est le célébrant principal de toute liturgie :

Il est présent : il nous convoque, il nous parle. Souvent nous pensons que la liturgie , c’est ce que nous faisons pour Dieu …nous oublions que c’est d’abord l’œuvre de Dieu, ce que Dieu fait et accomplit pour nous en son Fils.

 

C’est le Christ lui-même qui - en nous  - loue et glorifie le Père , intercède pour tous les hommes. Il est l’acteur principal. Souvent nous pensons que nous pourrions par nous-mêmes  nous tenir en sa présence. Si le Christ est présent quand l’Eglise se rassemble , c’est bien parce qu’il  fait de nous ensemble son Peuple, habité par son Esprit. La liturgie fait émerger une nouvelle humanité  -  Souvent nous n’y pensons pas ; à y penser nous pourrions être tentés de  désespérance et de désillusion… et pourtant ! La liturgie du Christ s’accomplit au travers de nos pauvres vies comme au travers de nos assemblées avec toutes les limites des unes et des autres  pour que nous faire accéder à la vie, nous introduire dans le dessein d’amour du Père . Au cœur de la liturgie, le Christ ne cesse de servir la gloire du Père dans une louange incessante . Cette louange, Il la vit inséparablement du corps d’humanité que nous formons ensemble..

 

2 – l’Eglise est étroitement unie au Christ. Avec lui, l’Eglise se tourne vers le Père.

D’où le mot-clef  de participation . Nous passerions à côté de qui se réalise dans l’acte liturgique si nous limitions son sens et son champ au sens d’ engagement dans les fonctions de l’acte liturgique et de qualité des formes…Bien sûr l’ acte liturgique  n’existe qu’avec la parole, le chant, le corps, des objets…que dans le temps , dans l’espace. Mais nous ne pouvons cependant oublier  qu’il s’agit  de participer avec le Christ , de prendre part à sa vie  dans l’engagement intégral de la personne , en devenant  des hommes et des femmes façonnés à la ressemblance du Christ, de l’homme nouveau..

Les textes conciliaires ne manquent pas de qualificatifs : une participation active …mais aussi « pleine, consciente, commune, fructueuse, pieuse… » pour indiquer cette orientation.

 

 

3 - La parole de Dieu. Elle est Dieu lui-même qui se révèle et se communique. « Quand nous proclamons les Saintes Ecritures, c’est le Christ lui-même qui nous parle ». Dieu parle . Ecoutons sa voix : que dit-il ? qui nous parle ? que nous dit-il dans l’aujourd’hui de nos vies où  sa Parole retentit , où sa Parole s’accomplit .Cette Parole accueillie nous illumine et nous convertit. Nous nous devons de libérer la Parole de toute approche utilitaire, à des fins d’enseignement moral ou spirituel. Dieu est Parole . Dans la liturgie , il vient à notre rencontre. Il nous donne la Parole, sa parole.

 

4 – Le monde de Dieu   dans la liturgie s’approche de nous . Il nous est rendu présent dans un déjà là …mai aussi notre attente se trouve stimulée  parce que la liturgie nous donne d’entrevoir l’avenir de Dieu en ce monde et en l’homme jusqu’au jour où nous serons rassemblés dans la joie du Royaume, une joie sans fin . Marana tha , Viens Seigneur Jésus , Viens Seigneur Jésus . La liturgie  porte avec confiance cette invocation. Dans ce monde en perpétuel travail d’enfantement, au cœur de nos liturgies, nous  accueillons  une  espérance  et nous en devenons les témoins. La liturgie devient source de notre vie chrétienne, de notre vie en christ au cœur du quotidien  et de tous nos lieux où vivent les hommes et où une histoire sainte se construit . .

Quand Dieu vient, un avenir s’ouvre . Au cœur de nos liturgies cette dimension de l’attente confiante exprime et constitue l’acte de foi .

Quand Dieu vient , le ciel rencontre la terre , la gloire de Dieu habite notre terre,

( comme nous le chantons en ce temps de l’Avent). Au cœur de la liturgie, dans une même louange s’unissent la terre et le ciel .Cela nous le chantons au cœur de la liturgie eucharistique .Chant par excellence de la liturgie chrétienne – « le ciel et la terre sont remplis de ta gloire »

 

5 / La liturgie manifeste l’Eglise , elle lui donne un corps. La liturgie manifeste l’Eglise, la communauté locale comme sacrement de Jésus le vivant  en notre monde : « Quand  deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». La liturgie manifeste l’Eglise dans sa nature profonde, i.e. appelée à vivre dans l’unité avec le Christ , comme son épouse bien-aimée . La liturgie n’est ni une action privée, ni l’œuvre de quelques uns, car nul ne peut la vivre dans l’exclusion des autres  ..

 Elle est l’œuvre du Peuple de Dieu tout entier , chacun selon sa fonction , elle est la voix  de l’Eglise en prière .  Le ministère des évêques, des prêtres  dans la célébration des sacrements et aussi pour sa part le ministère  des diacres signifient le christ présent à son Eglise « je suis avec vous aujourd’hui jusqu’à la fin des temps ».

 

6 / Enfin  et n’est-ce pas la trame de ce que nous vivons dans toute action liturgique :

Nous ne faisons pas que croire en un Dieu qui nous soutient et nous accompagne .

Nous vivons de l’alliance qu’il a scellé  avec tous et chacun  en Jésus, dans la communion à son mystère pascal. Car sa mort et sa résurrection deviennent  notre pâque comme elles deviennent pâque et passage vers la vie pour toute l’humanité .Voilà ce que nous annonçons, ce que nous accueillons en toute célébration  La liturgie  nous donne de célébrer le mystère pascal du Christ et le notre , de nous faire vivre notre e propre itinéraire pascal :

·        que signifie pour nous célébrer le mystère pascal ?

·        comment ce mystère pascal rejoint-il ma vie ?

·        que signifie pour moi ‘’ consentir à mourir pour vivre avec le Christ’’

La liturgie nous donne de célébrer le mystère pascal comme acte de naissance de notre vie chrétienne. Aussi notre vie trouve-t-elle son centre dans  la liturgie eucharistique.

 

Jean-Paul II dans la lettre du 25° anniversaire rappelait avec force : 

«  la liturgie a pour première tache de nous ramener inlassablement sur le chemin pascal ouvert par le Christ où l’on consent à mourir pour entrer dans la vie »

 

 

 

Le concile de Vatican II  est venu à une heure , à l’heure de Dieu . La restauration liturgique est venu à une heure de l’Eglise . Cette heure est toujours celle  de nos communautés aujourd’hui. « Tirer de l’ancien et du nouveau » disait Jésus . Voilà une consigne précieuse et toujours actuelle . Nous n’avons pas  fini de mettre à jour, d’approfondir et en fin de compte de vivre  les richesses  qui nous ont été donnés pour ce temps .

 

Car  il ne s’agit pas seulement de dire la nécessité de ne pas oublier des richesses reçues et passées  ou de rappeler l’opportunité de nouveaux approfondissements pour s’approprier le concile, mais il s’agit bien plutôt de vivre pleinement – dans cet aujourd’hui - le renouveau liturgique qui engage les réalisations les plus profondes qui ne sont pas d’abord de l’ordre des adaptations et changements de pratiques rituelles, mais de l’ordre de la signification : de ce qu’est la liturgie, de ce que nous y vivons . Nos communautés sont aujourd’hui acculées à cet engagement  résolu, à aller au cœur de la foi en se laissant initier par les sacrements et la liturgie . 

 

Cet engagement de l’homme liturgique  a besoin particulièrement en ce temps:

de silence . Oui , bien sûr, on entend bien aujourd’hui la nécessité du silence. On comprend sa nécessité ; certains l’ont toujours dit ! Mais il ne s’agit  pas d’heureuses pauses respiratoires dans l’acte de célébration, ni de l’affirmation du primat de l’individu seul à seul  avec Dieu, étranger à ce qui découle de la communion à la communauté ecclésiale , formant avec le Christ un seul corps. Il s’agit plutôt de cet espace d’ouverture, de consentement, de communion à ce qui s’écoute, se dit, s’accomplit. Ecart nécessaire qui laisse Dieu venir au  contraire de toute  consommation saturante et de toute production satisfaite . « Laisserons –nous un espace pour Dieu » ?

 

Espace d’ouverture qui implique chacun des acteurs et des participants : ministres, organistes, lecteurs, animateurs, service des fleurs en liturgie.  Le visible de nos liturgies, porte de l’invisible( cf SC 2)

 

Deux insistances et un enjeu :

Cet engagement de l’homme liturgique  a besoin particulièrement en ce temps: de communion avec les hommes et le  monde. Comment laisserions nous un espace pour Dieu, si nous ne laissions un espace pour nos frères. La liturgie est un nous, celui de l’Eglise, un nous qui s’élargit à l’univers . La liturgie a une portée missionnaire .Elle nous donne d’entrevoir une humanité fraternelle et réconciliée et de lui faire place aujourd’hui. Nos communautés en semaine ou le dimanche dans l’eucharistie ou dans les Assemblées du Seigneur, mettent en œuvre ce nous de l’Eglise qui s’ouvre comme un appel à tous les hommes.

«  la liturgie montre l’Eglise à ceux qui sont dehors comme un signal levé devant les nations, sous lequel les enfants de Dieu dispersés se rassemblent dans l’unité jusqu’à ce qu’il y ait une seule bergerie et un seul  pasteur »SC 2

 

 

 

Pour conclure  , je voudrais souligner un enjeu de nos célébrations , à savoir    qu’elle sont toujours en ce présent un acte de mémoire  pour accueillir un avenir . Cette articulation des temps – passé, présent, avenir - m’apparaît comme une exigence pour ce temps ….articulation qui conteste le morcellement de nos vies et l’insignifiance qui en résulte, approche nouvelle du temps qui nous introduit dans un autre temps , celui de Dieu. La liturgie comme transfiguration du temps,  avec tout ce que cela signifie de transfiguration de nos vies où la paix et la réconciliation sont les chemins de Dieu dans un présent souvent   vide d’humanité et plein de violence et d’injustice .La liturgie nous donne de vivre chaque instant non seulement dans «  la bienheureuse espérance de l’avènement de Jésus-Christ Notre Seigneur », mais déjà dans une dimension d’éternité (ce que la communion eucharistique réalise).

 

C’est dire enfin que  la liturgie est la source et le sommet de toute la vie chrétienne. Cette affirmation conciliaire a  trouvé un profond et écho dans le peuple chrétien .Qu’il en soit effectivement ainsi ! Nous expérimenterons alors ce que disait le pape Jean-Paul II dans sa lettre déjà citée : « Il existe un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l’Eglise » (n°4). Nous devons mieux reconnaître et éprouver ce lien .C’est dans la mesure où nos communautés - et chacun - s’abreuveront davantage à la source d’eau vive qu’est la liturgie , que nos  communautés  progresseront dans leur attachement au Christ et dans un dynamisme missionnaire .

 

Le renouveau de la liturgie et le renouveau de l’Eglise réclament notre attention et notre disponibilité . Le renouveau de l’un et de l’autre sont œuvre de l’Esprit, de ce qu’il ne cesse d’accomplir dans le cœur de tous les croyants. L’Esprit est à l’œuvre en ce temps; il est  à l’œuvre dans l’Eglise  .Il nous appelle. Que la célébration de cet anniversaire soit pour tous et pour toutes nos communautés  une grâce offerte de renouvellement  reconnu et accueilli.

 

CT - Carcassonne 7 décembre 2003

1963 –2003 : 40 ans après… 40° anniversaire de la promulgation de la Constitution « de Sacra Liturgia » : « Sacrosanctum Conciium »,   

 

 

 

 

 


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