Culte eucharistque   



 

Le Rituel de l'Eucharistie

en dehors de la messe

 

 

En disposant d'un rituel de l'Eucharistie en dehors de la messe, l'Eglise atteste une pratique et par elle ce qu'elle croit (lex orandi, lex credendi). Ce rituel particulier présente les diverses formes de célébrations et de culte ayant pour objet la présence sacramentelle (pain ou vin eucharistiés) hors de l'Eucharistie célébrée; communion en dehors de la messe; communion et viatique portés au malade ; les différentes formes du culte à rendre à l'Eucharistie hors de la messe, à savoir l'exposition et bénédiction, la procession, et aussi les congrès eucharistiques. H le fait en intelligence avec le renouveau conciliaire concernant l'Eucharistie et sa célébration (S.C. et Rituel de la Messe)

 

La célébration de l'Eucharistie, centre de toute la vie chrétienne. Telle est l'affirmation forte formulée à plusieurs reprises par le Concile Vatican Il. Tout est orienté à l'Eucharistie ; tout en découle (les sacrements, les tâches apostoliques, toute la vie chrétienne). "On voit alors comment l'Eucharistie est bien la source et le sommet de toute l'évangélisation... l'assemblée eucharistique est le centre de la communauté chrétienne" cf P.O. § 5 ; S. C. 10. Il apparaît donc que toutes les formes du culte eucharistique, qu'elles soient strictement cultuelles ou existentielles et spirituelles, n'ont de légitimité et de réalité qu'en relation à la célébration de l'Eucharistie, source et sommet du culte rendu hors de la messe. lu apparaît aussi que l'Eucharistie demande à s'inscrire dans le temps, ne se limitant pas à l'action eucharistique. L'Eucharistie comme réalité sacramentelle et comme réalisation spirituelle saisit et pénètre toutes les réalités : le monde, la vie, le temps. Aussi les pratiques eucharistiques hors de la messe (communion lors des ADAP; communion au malade et viatique, exposition) ne peuvent recevoir et exprimer leur significations qu'en lien effectif et conscient avec l'Eucharistie célébrée. Toute distance trop grande, toute séparation affecte le sens des pratiques eucharistiques (tant de la messe que hors de la messe).

 

La conservation du pain eucharistique. Pourquoi ?

Origine du culte.

 

 Le décret introductif au rituel de l'Eucharistie en dehors de la messe l'exprime ainsi, reprenant un enseignement traditionnel : "Si les saintes espèces sont conservées après la Messe, c'est principalement pour que les fidèles qui ne peuvent assister à la Messe, surtout les malades et les personnes âgées s'unissent par le communion sacramentelle au Christ et à son sacrifice qui est célébré à la Messe. L'habitude de conserver les saintes espèces en vue de la communion a amené la coutume d'adorer ce sacrement et de lui accorder le culte (d'adoration) qui est dû à Dieu. Ce culte d'adoration se fonde sur un motif solide et ferme. De plus l'Eglise elle-même a institué certaines de ses formes publiques et communautaires." On aura noté l'ordre des motifs ainsi que l'adverbe "principalement".

 

 

Qu'en est-il aujourd'hui ?

 

La situation de l'Eucharistie en dehors de la messe a connu une sensible évolution. Il y a cinquante ans encore, on communiait assez fréquemment hors de la messe (souvent en raison du jeûne). Le culte eucharistique était florissant avec les Saluts et bénédictions du Saint-Sacrement, l'adoration perpétuelle, le premier vendredi du mois, les Heures Saintes, la procession de la fête Dieu. Le culte eucharistique hors de la messe occupait une grande place, tandis que la messe ne connaissait pas la participation active, pleine, consciente, voulue par le concile : tout se reportait depuis des siècles sur la présence sacramentelle adorée. Depuis le début de ce siècle était apparue la communion fréquente. Aujourd'hui l’Eucharistie appelle la communion ; nombreux sont en effet les participants qui reçoivent le pain eucharistique. Des laïcs nombreux habilités à porter la communion assurent ce service. La communion en dehors de la messe est notamment reçue le dimanche dans le cadre des ADAP. Par ailleurs le culte eucharistique a connu des changements : les formes anciennes ont généralement disparu : adoration perpétuelle, Saluts, procession de la Fête Dieu. Des temps et des lieux particuliers donnent à voir ces expressions : Lourdes, par exemple, avec la procession eucharistique quotidienne et la bénédiction du Saint Sacrement. Après un temps de distanciation, on assiste aujourd'hui à un renouveau du culte eucharistique notamment dans son expression personnelle (adoration silencieuse), mais aussi dans des expressions communautaires à la fois liturgiques et dévotionnelles. Ce renouveau connaît diverses expressions. Il se vérifie notamment chez les jeunes générations.

 

Donner le pain de vie

 

 L'Eucharistie est conservée en premier lieu pour les personnes empêchées de prendre part à la liturgie de l'Eucharistie, que ce soit en semaine ou le dimanche, lorsqu'en l'absence d'Eucharistie célébrée, une célébration de la Parole avec la communion rassemble la communauté locale ou les chrétiens d'une ou plusieurs paroisses (ADAP) sous l'autorité du pasteur. Certes les ADAP peuvent se dérouler de différentes manières, notamment avec ou sans la communion. Sans doute peut-il y avoir un inconvénient sérieux à ce que la communion ainsi proposée se trouve séparée de l'action eucharistique, c'est-à-dire du processus eucharistique, du parcours symbolique du pain et du vin. Mais on ne peut non plus -plus encore- prendre le parti de l'absence de communion. Le Pain de Vie nourrit la foi. La communion donnée dans des célébrations de la parole en semaine lors de la célébration de mariage ou d'obsèques sans messe, présidée par un diacre ou dirigée par un laïc mandaté, appelle un discernement particulier surtout quand l'Eucharistie eût pu être célébrée (présence possible d'un prêtre ; participation fructueuse de l'Assemblée à l'Eucharistie escomptée). Parmi les personnes empêchées, il y a également les malades. Il ne s'agit pas seulement de leur porter la communion mais par l'eucharistie de faire d'eux des membres vivants du Corps du Christ, de l'Eglise unie au Christ. Aussi est-il particulièrement signifiant qu'un membre de l'assemblée eucharistique leur porte la communion suite à la messe dominicale. Les personnes assurant ce service de leurs frères s'approchent alors de l'autel au début des rites de communion (Notre Père), elles recevront le pain eucharistique dans une custode (boitier digne et beau destiné à ce seul usage) ; elles seront ensuite bénies et envoyées (prières contenues dans le missel romain). A domicile ou dans la chambre du malade, une célébration trouve place avec un accueil, une écoute de la Parole, le temps de la communion. Autant qu'il est possible, le temps donné à la célébration permet de donner une épaisseur à la rencontre sacramentelle et au réconfort que procurent la Parole de Dieu et le pain partagé. Par ailleurs, l'Assemblée ne peut oublier les membres absents ; elle est conviée à les porter dans l'Amour du Christ, par la prière et l'attention (visite). A l'heure de la mort, au moment du passage vers le Père, l'eucharistie est donnée en viatique, pour le voyage; la communion au Corps et au Sang du Christ reçoit alors une signification et une importance particulières (au cours d'une Eucharisfie quand cela est possible). Le danger de mort demande sans doute autant que cela peut être exprimé que le chrétien malade soit affermi dans la certitude qu'il est accompagné par le Christ à tout instant, tout au long du chemin jusqu'à passer avec Lui au Père (cf Rituel § 144-145). Par ailleurs, même si dans les tout premiers temps du christianisme, les chrétiens avaient coutume de prendre l'Eucharistie pour se communier au long de,la semaine, il est depuis longtemps admis que nul ne peut conserver l'Eucharistie à domicile ou l'emporter sans qu'il y soit autorisé et qu'un besoin pastoral ne l'exige.

 

Le Culte Eucharistique

 

Par cette expression, il s'agit de l'adoration du Christ présent dans le Sacrement et de la communion spirituelle qu'elle exprime et appelle au-delà de la messe. Le culte eucharistique hors de la messe est inhérent à l'Eucharistie. Il signifie et manifeste le déploiement de l'Eucharistie dans le temps. H signifie aussi que le sacrifice spirituel du Christ, l'événement pascal, demande à s'accomplir dans la vie des chrétiens et du monde. Le culte eucharistique trouve sa source et son accomplissement dans l'Action Eucharistique

 

 

 

L'exposition et la bénédiction eucharistiques

 

 Des formes de célébration -notamment l'exposition et la bénédiction eucharistiques- expriment et développent la dévotion personnelle et publique envers l'Eucharistie. Elles peuvent être tenues pour de "pieux exercices" (Rituel § 79). Cependant d'autres considérations peuvent les faire appréhender d'une certaine manière comme des Sacramentaux (cf Cérémonial des Evêques p. 363 : sacramentalia), (voir: Dévotions; Sacramentaux), surtout quand il ne s'agit pas de la seule exposition, mais d'une véritable célébration caractérisée par l'écoute de la Parole proclamée et méditée (Pain-Parole, Pain-Eucharistie ; présence donnée et nourriture), par la louange au Christ (la psalmodie, la louange de l'office divin ont dans cette perspective, tout à fait leur place - rituel § 95-96) par la prière d'intercession en communion au Christ, à son oeuvre de Salut pour tous les hommes. D'ailleurs le rituel insiste pour indiquer ici aussi que la bénédiction comme geste ne peut exister seule. Elle n'est pas une fin en soi. Elle appelle la bénédiction comme prière, attitude de foi, de reconnaissance, comme source de l'action de grâce et du vivre en grâce. Le culte eucharistique consiste à ne "s'occuper que du Christ Seigneur" (Rituel § 95). Pour que le lien entre le culte eucharistique et l'Eucharistie soit exprimé et identifiable, il est demandé dans l'exposition solennelle supposant une certaine durée, que le pain eucharistique proposé à l'adoration soit consacré à la messe qui précède et placé dans l'ostensoir après la communion (Rituel § 94). Un temps d'adoration simple manifesterait mieux également ce lien en se situant soit avant, soit après la célébration de Imucharistie. Par là se trouve effectivement signifiée lEucharistie comme source et sommet de la vie chrétienne.

 

Les processions eucharistiques

 

Les processions eucharistiques où l'on porte publiquement, solennellement l'Eucharistie, sont devenues plus rares. Dans le contexte d'un monde occidental sécularisé et français laïque, elles sont aujourd'hui difficiles à comprendre et à vivre. Elles correspondent moins à la sensibilité religieuse ectuelle. D'ailleurs le rituel demande de tenir compte des conditions locales de la vie sociale et religieuse (Rituel § 112 c). Cependant, elles sont connues quotidiennement à Lourdes.

 

Les sanctuaires ont fait un constant effort de renouvellement et d'éducation par une mise en oeuvre biblique, symbolique, catéchétique. Elles le sont aussi parfois, en quelques lieux au jour de la solennité annuelle du Corps et du Sang du Christ. Ici aussi le rituel indique qu'il est "bien que la procession se fasse après la Messe où l'on consacre le pain eucharistique à porter en procession" (Rituel § 103). Comme à Lourdes, elles auront avantage à être accompagnées d'acclamation de louanges nourries de l'Ecriture, d'intercessions. La gloire de Dieu et le Salut du monde constituent la trame de l'adoration.

 

Le rituel de l'Eucharistie mentionne enfin les congrès eucharistiques. Ce sont des manifestations particulières du culte eucharistique. Nés au siècle dernier, ils sont de plus en plus des temps forts de renouvellement ecclésial, catéchétique et liturgique ; le C.E.I. (Congrès Eucharistique International) de Lourdes en 1981 en a témoigné. Ces congrès comprennent de nombreuses célébrations : "La célébration de l'eucharistie doit être vraiment le centre et le sommet auquel doivent tendre toutes les activités ainsi que les diverses manifestations de piété" (Rituel § 122 a).

 

 

 TEXTES REPÈRES

 "L'Eglise catholique a rendu et continue de rendre ce culte d'adoration qui est dû au sacrement de l'Eucharistie non seulement durant la messe, mais aussi en dehors de sa célébration: en conservant avec le plus grand soin les hosties consacrées, en les présentant aux fidèles, pour qu'ils vénèrent avec solennité, en les portant en procession." Catéchisme de l'Eglise Catholique § 1378 M F 56

 

"Les fidèles se rappellent que par cette prière devant le Christ Seigneur présent dans le sacrement ils prolongent l'union obtenue avec lui dans la communion et renouvellent cet engagement qui les pousse à pratiquer par toute leur vie ce que la célébration de Mucharistie leur a fait saisir par la foi et le sacrement..." Rituel de lEucharistie en dehors de la Messe § 81

 

"L'exposition de la sainte eucharistie amène à y reconnaître la présence du Christ et invite à une communion de coeur avec Lui, qui atteint son sommet dans la communion sacramentelle." Rituel de l'Eucharistie en dehors de la Messe § 82

 

"On veillera à ce que le culte rendu au Saint-Sacrement apparaisse clairement dans la relation qui l'unit à la messe. On évitera tout ce qui pourrait voiler de quelque façon le désir du Christ qui a institué l'Eucharistie avant tout pour être à notre portée comme notre nourriture, notre remède et notre réconfort." Rituel de l'Eucharistie en dehors de la Messe § 82

 

"L'adoration eucharistique est un moyen précieux pour approfondir chez les fidèles les attitudes fondamentales de foi, de reconnaissance et de louange, d'offrande, de prière universelle et d'amour qui sont le coeur même du culte eucharistique." Anthony McSweeney, C.E.I. Séville 1993

 

SAVOIR-FAIRE

Diverses expressions publiques du Culte Eucharistique :

1 -    heures saintes

2-  expositions brèves, prolongées, annuelles (40 heures ; adoration perpétuelle, exposition solennelle)

3 -   bénédictions eucharistiques

4 -   processions eucharistiques

5 -   congrès eucharistiques

6-  et tout particulièrement la solennité du Corps et du Sang du Christ. Jean-Paul H, Lettre aux prêtres, Jeudi Saint 1980

 

Il n'y a pas de traces d'un culte eucharistique particulier avant le XIIème siècle. Il est une expression occidentale de la foi commune et ancienne en la permanence de la réalité du Corps et du Sang du Christ dans le mystère sacramentel. Les premières ostensions de l'Eucharistie datent de la fin du XIV ème siècle. Elles apparaissent en Allemagne. Elles se développent surtout à la fin du XVIème siècle dans le contexte de la Contre-Réforme. Le culte eucharistique avec les adorations prolongées ou brèves ("Saluts") aura des conséquences dans l'organisation de l'église : retable, tabernacle sur l'autel, trône pour l'exposition.

 

 Avant Vatican II le culte du Saint Sacrement pouvait sembler plus important que la célébration de l'Eucharistie ou de l'Office Divin. Plusieurs significations se sont mêlées - prières de réparation unie à l'intercession du Christ, puis réparation envers le Christ. - stimulation de la foi pour exprimer la communion spirituelle, puis rendre honneur, hommage au Christ, à sa présence sacramentelle qu'il faut affirmer et défendre, - enfin comme réponse à la permanence de la présence sacramentelle par la présence d'une présence humaine.

 Ces dévotions mettent alors l'accent sur une vision du Christ abandonné, prisonnier du tabernacle dans le besoin d'être consolé et visité. Vatican II a rétabli l'équilibre en établissant ces pratiques en lien signifié avec la célébration de la messe Le culte eucharistique vient prolonger la grâce du sacrifice eucharistique et de la communion sacramentelle. Il développe, approfondit une communion aimante avec le Christ, donne à mieux comprendre l’Eucharistie. Il conduit à une participation plus consciente, invite à une conversion permanente, à l'accueil de la puissance évangélisatrice de l'Eucharistie. La fête du Corps du Seigneur ou Fête-Dieu après être apparue vers 1246, 1251 en Belgique d'abord puis en Europe Centrale, trouve sa diffusion rapide après sa reconnaissance, pour l'Eglise universelle, par Urbain IV en 1264. L'essor sera attesté après 1317. La procession où l'on porte l'Eucharistie solennellement, ostensiblement apparaît vers 1320 ; elle comporte plusieurs stations (reposoirs).

 

OUTILS

-         Rituel de l'Eucharistie en dehors de la Messe, C.L.D., 1983

-         Sacrements pour les malades (ch 2 : La communion des malades, ch 4: le viatique à l'heure de la mort), Chalet-Tardy, 1977 On peut aussi trouver ces célébrations dans de nombreux manuels ou livres.

-         Pain de vie - la communion portée aux malades, C.N.P.L., Le Centurion

-         Porter la communion aux malades et aux absents, L'Atelier

-         Porter la Communion aux malades, Les Camets n' 5, Fêtes et Saisons

-         Communion des malades, 14 célébrations et prières pour le temps de la maladie, Médiaspaul

-         La Célébration des Sacrements, Pierre JOUNEL, Desclée La communion à l'église en dehors de la messe p. 493 La communion des absents p. 513

-         Le culte de l'Eucharistie en dehors de la messe p. 523

 

Des revues ou ouvrages de formation plus générale.

 Dans la revue "Célébrer", le n' 184

 

Dans la revue "La Maison Dieu", les numéros 64, 203

 

Décembre 1997

 

 article paru dans "exultet - encyclopédie pratique de la liturgie", CNPL, Bayard, 2000


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