Dévotions   



 

 

 

Les Dévotions

 

LES DÉVOTIONS ET LA LITURGIE

 

 

La différence entre sacramental et dévotion est difficile à déterminer. Leurs points communs sont évidents. Mais leur distinction dépend de la manière dont les choses se vivent. Ne cherchons pas à trop les opposer. Cherchons plutôt à élargir le champ où l'un et l'autre s'épanouissent.

 

Chacun connaît des dévotions, la récitation du chapelet, la dévotion à un saint (on met un cierge à sa statue), le chemin de Croix. Mais qu'est-ce qu'une dévotion précisément? Qu'exprime-t-elle ? Quel est le rapport des dévotions à la liturgie ? Certes, les premières n'appartiennent pas au territoire de la seconde et la liturgie pourrait être tentée d'ignorer, de mépriser les premières, sauf si ces dernières accompagnent une démarche plus vaste, la liturgie et la culture par exemple. Or, les dévotions encore appelées "pieux exercices" ne sont pas sans rapport avec la liturgie car elles se déploient continuellement en sa marge et viennent souvent s'y introduire subrepticement. Pour autant, il existe entre la liturgie et les dévotions une distinction fondamentale quant au statut ecclésial, à la nature, la signification et les mises en oeuvre. Le Concile Vatican Il lui-même dans la Constitution Sacrosanctum Concilium en évoque les différences (SL, n' 13).

 

Des dévotions au service de la vie spirituelle.

Les dévotions revêtent une forme publique ou communautaire, et s'expriment donc dans un rassemblement ou une célébration. Il s'agit de pratiques religieuses visant à développer la piété de tout l'être vis-à-vis de Dieu. En ce cas, les dévotions ne sont pas obligatoires puisque librement choisies pour servir la vie spirituelle. Cet attachement, cette ferveur s'adressent à des personnes appartenant à la hiérarchie céleste, proches de ceux qui les prient le Christ, Marie, les anges, les saints, les défunts. Les dévotions correspondent à des sensibilités évangéliques en un temps donné, à des attraits, et à des attentes. Les dévotions et la dévotion se tiennent ensemble, en dépendance réciproque.

 

Les dévotions, témoins de la vie du Peuple de Dieu.

Le nombre des dévotions est assez considérable. De nouvelles formes apparaissent toujours. De plus anciennes perdurent ou disparaissent. Elles sont le signe de la vitalité de l'Eglise au long des âges. Elles témoignent le plus souvent d'un mystère du Christ : ainsi, par exemple, au Moyen Age, l'humanité du Christ, engendrant la contemplation de sa naissance ou de la croix, voit naître des dévotions qui prolongent ce désir de contemplation. Ainsi la crèche au Xle siècle, et le chemin de croix entre le XlIè et le XvIe siècle.

 

En fait, les dévotions expriment les sentiments profonds du sujet qui demandent à être pris en compte. La liturgie elle-même ne peut les oublier. Leur relative autonomie d'organisation et leur caractère sensible expliquent pour une part leur maintenance et leur attrait. La liturgie n'épuise pas toute l'expression de la foi et toute la vie de l'Église. D'autres

formes existent hors d'elle, plus partielles et limitées parce qu'il s'agit de créations spontanées et de réponses populaires à des besoins religieux et spirituels. Or, la liturgie ne peut les ignorer si elle veut mieux correspondre à la culture contemporaine et rendre lisible le mystère célébré. Si les dévotions ne peuvent ni se substituer à la liturgie ni la contredire, si la liturgie doit E-L-11-10

pouvoir demeurer privilégiée dans le rapport de l'homme à Dieu, les dévotions publiques peuvent aussi initier d'une certaine manière à la vie liturgique... Ceci se vérifie dans la manière de célébrer les chemins de croix et dans la façon de prier le rosaire (l’attention aux mystères par exemple est souvent occasion d'enrichir la liturgie). Des dévotions parviennent ainsi à développer une structure sacramentale lorsqu'elles incluent l'écoute de la Parole, la louange et l'intercession. Elles se trouvent dès lors liées de manière constructive à la prière liturgique.

 

Un nécessaire dialogue.

La dévotion doit conduire à la célébration liturgique. Pour autant, il arrive que l'on puisse préférer le chemin de Croix à la célébration de la Passion le vendredi Saint, jusqu'à privilégier une simple substitution, ce qui risque de ternir l'importance de la liturgie du vendredi soir. Il arrive que la célébration de Noël trouve son point d'orgue dans la visite à la crèche ce qui n'est pas tout à fait la visée de cette fête. Si des formes non liturgiques se trouvent ainsi introduites dans l'action liturgique, venant appuyer un sentiment personnel ou marquer un signe de sensibilité, elles ne peuvent purement et simplement la remplacer. Si dialogue il y a ce ne peut être que pour mieux servir la liturgie. Il en est de même pour les sacramentaux, devenus alors des dévotions: ainsi les bénédictions de pèlerins, de médailles, les processions menant à la bénédiction des tombes le soir de la Toussaint. De ce fait, un pieux exercice peut inclure un sacramental et déboucher sur une célébration sacramentelle (par exemple, un chemin de croix qui précède le sacrement de réconciliation). On a vu dans le passé des éléments de dévotion trouver place dans la procession de la fête Dieu , dans la solennité du Sacré Coeur, les prières privées de dévotion du célébrant devenant par la suite des prières liturgiques... Ainsi les frontières s'avèrent poreuses. Se produit nécessairement un échange. La liturgie absorbe des formes dévotionnelles et les purifie. Il apparaît donc souhaitable que puisse s'exercer un véritable dialogue entre la liturgie et les dévotions. Plus les dévotions sont coupées de la liturgie, plus elles perdent leur ancrage et risquent d'aller à la dérive. On peut en prendre pour preuve l'exacerbation du culte des Saints qui souvent se trouve séparé du culte rendu au Christ. C'est assez dire combien il est nécessaire de christianiser les dévotions pour qu'elles puissent trouver leur source et leur sommet dans les actions liturgiques elles-mêmes.

 

TEXTES REPÈRES

 

"Les pieux exercices" du peuple chrétien, du moment qu'ils sont conformes aux lois et aux normes de l’Eglise, sont fort recommandés, surtout lorsqu'ils se font sur l'ordre du siège apostolique. Les "exercices sacrés" des Églises particulières jouissent aussi d'une dignité

spéciale lorsqu'ils sont célébrés sur l'ordre des évêques, selon les coutumes ou les livres légitimement approuvés. Mais les exercices en question doivent être réglés en tenant compte des temps liturgiques et de façon à s'harmoniser avec la liturgie, à en découler d'une certaine manière, et à y introduire le peuple parce que, de sa nature, elle leur est de loin supérieure".

(Vatican 11, SL, n'13)

 

« On aura le souci, quel que soit le type de prière envisagé, d'en manifester la dimension communautaire. Au demeurant, il sera possible de distinguer les modes de prier. L'Église est bâtie sur le rassemblement dominical et sur les sacrements. Il est donc recommandé aux équipes liturgiques de privilégier ces liturgies qui sont, de fait, les plus ecclésiales. Mais s'il leur arrive de participer à la préparation de « pieux exercices », elles auront à cœur  de les relier aux actes liturgiques fondamentaux ».

 (Collectif « Vers la célébration », CRER, 1995, p. 125)

 

« Nous célébrons donc avec piété, dévotion, ferveur, dans l'onction de l'Esprit. La piété est ce profond attachement fait de tendresse et de respect que l'enfant a pour ses parents... le croyant pour son Dieu. La dévotion est cet engagement de tout l'être qui se donne à sa tâche, à ses amis... aux pratiques du culte... La ferveur est l'élan d'un cœur  enthousiaste et le zèle une vive ardeur... L’onction est présence manifeste dans tout l'être de la présence agissante de l'Esprit ».

(J. Gélineau, Dans vos assemblées, tome II, Desclée, 1989, p. 665)

 

 DANS L'HISTOIRE

L'histoire de la dévotion est inséparable de l'histoire du christianisme. L'histoire des dévotions, quant à elle, est assez complexe. Chacune d'elles connaît son évolution au long des siècles. Chaque période en voit fleurir, se développer et disparaître. Celles-ci naissent en un lieu, se répandent plus ou moins rapidement, sont ensuite reconnues. Elles doivent beaucoup à l'encouragement des papes, à l'institution de fêtes, à des formulaires fixés, aux indulgences accordées.

 

Parmi le grand nombre de dévotions on peut mentionner le rosaire: celui-ci a progressivement pris forme au Moyen Age et a été popularisé au XlIè siècle. Le chapelet apparaît, quant à lui, à la même époque, St Bernard et St Dominique se chargeant de le développer. D'autres dévotions surgissent : ainsi le mois de Marie, né vers 1760 à Rome, le culte des reliques qui commence à la fin du IVè siècle, découlant du culte des martyrs (Illè siècle et surtout après 313) et qui connaît un grand développement tout au long du Moyen Age, ainsi les pèlerinages attestés dès le IVè siècle qui se développent au Moyen Age et connaissent un renouveau impressionnant aux XIXè et XX~ siècle, ainsi le chemin de croix dont les premières ébauches apparaissent au cours du Moyen Age comme substitut au pèlerinage (dans sa for-me actuelle avec ses 14 stations, et qui en fait date du XVIlè siècle (Espagne, Italie), se répandant au XVIIlè siècle, généralisé et popularisé en France au début du XIXè siècle, enfin l'année jubilaire, la première étant instituée en l'an 1300.

 

SAVOIR-FAIRE

Parmi les dévotions, il en est une qui trouve une place privilégiée dans la vie des paroisses : il s'agit du chemin de croix, au temps du Carême. C'est une manière de se faire pèlerin en mettant ses pas à la suite de Jésus. On choisira un texte de méditation qui invite d'abord à une écoute de la Parole en relation avec l'une des 14 (ou 15) stations, puis à contempler le sens de l'événement regardé et enfin à découvrir l'aujourd'hui du mystère de la Passion du Christ en nos vies et en ce monde.

 

On cherchera à donner du sens à certaines dévotions qui risqueraient de devenir rapidement magiques.

 

Ainsi comment favoriser la dévotion aux saints qui, souvent, trouve une expression à travers des cierges ou des troncs ? Comment respecter la vénération des reliques ou des icônes, comment permettre une dévotion aux médailles et au scapulaire sans qu'il s'agisse d'une démarche magique ? On cherchera dans tous les cas à inscrire ces pratiques dans l'ensemble de la vie chrétienne: par exemple, écrire sous le tronc la vie du Saint concerné, et lier le sens du port de la médaille à la manière dont celui ou celle qui est représenté a pu vivre lui-même sa vie chrétienne.

 

DES OUTILS

Bien des livres ont été publiés ces dernières années concernant les dévotions communautaires, notamment - chapelet, rosaire et chemin de croix, le pèlerinage.

Pour accompagner.

Dans la revue « Célébrer », les N' 177, 285 « Les dévotions populaires » (1998).

Dans la revue « Fêtes et saisons », les N' 479 « Guide des objets religieux » (1993) 487  « Les dévotions populaires » (1994)

 

voir :  Article « culte », Dictionnaire encyclopédique de la liturgie (DEL), Brepols, 1992.

Dans la revue « la Maisons Dieu », les N' 73, 218 « Prière liturgique, affectivité et dévotion » (1999).

 

Bibliographie : F. Bourdeau, P. Grostéfan, S. Conduché,

Via Sacra - quatre chemins de croix,

précédés d'une introduction historique, Chalet, 1982.

 

Jean Lafrance, Le chapelet, un chemin vers la prière incessante,

Médiaspaul, 1994.

 

 lexique     

Dévotions variées : Marie, Défunts , Jésus-Hostie, Mystère de la vie et de la personne du Christ

Aspects de la doctrine chrétienne, traduisent les pratiques intérieures ou extérieures au moyen desquels on intensifie l’expression d’un aspect du mystère du Christ. (Dom bernardo Oliveiro)

 

Dévotion , volonté prête à se donner à tous ce qui concerne le service de Dieu. (Dom bernardo Oliveiro)

               

 

Sacramentaux : signes qui manifestent et communiquent des dons spirituels obtenus par l’intercession de l Eglise:  eau bénite, bénédictions, cierges, médailles, images (Dom bernardo Oliveiro)

 

piété : attitude de soumission , de révérence due à Dieu en tant que Père ; excercices de piété,

équivalent aux dévotions ; le terme indique Dieu le Père comme destinataire final de celle-ci. (Dom Bernardo Oliveiro)

   

 

 


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