l'Eglise mystagogue   



 

 

L’Eglise mystagogue,

initiée et initiante

 

 

 

Introduction: Il s’agit de percevoir le lien vital et l’interaction entre l’Église et la mystagogie : une Eglise qui entre dans le mystère du Christ et une Eglise qui est mystagogue ; une mystagogie qui fait entrer dans la vie de l’Église et  une Église qui est initiée. En effet, l’Eglise est initiée et initiante [inititrice]. Une mystagogie qui conduit au Christ et initie à l’Église. Baptisé pour vivre de l’Eucharistie.

 

I- Une Église mystagogue :

 

1 - l’Eglise est constituée parce que le Christ incorpore des nouveaux membres par l’Esprit, c’est lui qui appelle, qui conduit. L’Eglise n’existe que par cet engendrement. Elle se reconnaît dépendante, servante du Christ, sacrement du Christ. L’Église est sacrement et mystère. Elle est à la fois le signe et moyen de la réalisation du dessein de Dieu en ce monde en Christ.   

 

2–L’Eglise est sans cesse initiée

Pour être mystagogue, l’Église doit elle-même se laisser initier par ce qu’elle célèbre,se laisser introduire dans le mystère du Christ et de l’Église :

-  par la Parole, chemin qui nous mène vers le Père, qu’elle reçoit, qui l’habite, la transforme, en fait un peuple de prophètes,

-  par les sacrements célébrés, don du Christ accueilli,

-  par la soumission de sa vie au souffle de l’Esprit, dans toutes ses dimensions: croire, vivre et célébrer ( marturia, diakonia et leiturgia). L’agir chrétien, l’existence, dans sa dimension éthique, est le lieu de vie dans l’Esprit.

 

3-L’Eglise est initiante parce qu’initiée

Elle conduit là où elle est elle-même conduite. Le chemin de foi des nouveaux chrétiens est inséparable du chemin de conversion de l’Église.

Elle ne peut donner à vivre que la vie qu’elle reçoit et dont elle consent à vivre elle-même. Elle est initiante, se laissant initier par les sacrements qu’elle célèbre.

Elle est initiante, se laissant initier avec ceux qu’elles initient.

 

On n’entre dans le mystère du Christ qu’en entrant dans le mystère de l’Église, et on y entre dans  et en le célébrant dans l’acte liturgique. C’est dire l’importance de l’art de célébrer 

«  l’ars celebrandi », qui n’est pas de l’ordre technique, mais de l’ordre de la signification et de l’enjeu (rituel, symbolique) du faire liturgique. La liturgie , ce qu’on y vit, conduit à la vie en communion avec le Christ. La mystagogie concerne la présence que le Seigneur ressuscité donne à son Église. Eduquer les néophytes à répondre « Me voici » implique que l’Église elle-même vive de cette expérience donnée comme réalité : « Voici ton peuple, nous voici Seigneur ». La mystagogie est inséparable de la vie quotidienne des communautés chrétiennes et de leur conversion.

 

II– Le temps de la mystagogie

c f RICA p 163, n°236-243

 

1- Le Rituel p 21

« La mystagogie s’accomplit d’abord par la manière dont la liturgie est célébrée, en tant qu’elle est porteuse du Mystère et introduit dans toute sa profondeur

Elle désigne aussi la catéchèse qui s’appuie sur les actes liturgiques pour en déployer la richesse de sens à la manière des KT mystagogiques d’Ambroise de Milan ou de Cyrille de Jérusalem. »

 

« Le temps de la mystagogie vise donc à situer les nouveaux baptisés dans un type d’existence conforme à ce qu’ils ont reçu et sont devenus par les sacrements de l’initiation chrétienne.

les néophytes acquièrent une intelligence plus complète et plus fructueuse des mystères grâce avant tout à l’expérience des sacrements reçus et la catéchèse qui l’accompagne

 

Trois aspects de la mystagogie sont soulignés :

- La liturgie, le sacrement célébré, ses rites, paroles et gestes : lieu premier de la  mystagogie

             - La catéchèse mystagogique

             - L’apprentissage de la vie chrétienne.

Ce dernier temps de l’initiation se vit en Église, sous le mode d'un accompagnement ecclésial

Bien que la durée préconisée soit celle du Temps pascal, le temps de la mystagogie peut se déployer plus longtemps.

 

Il comporte :

-         l’implication de la communauté entière

-         la participation à l’eucharistie

-         la méditation de l’évangile

-         l’expérience[1] des sacrements  n°237 - messes pour les néophytes

-         des temps de récollection – relecture de vie sacramentelle - échange

-         une catéchèse mystagogique[2] qui met en œuvre l’unité signifiée, puisqu’elle va lier :

- la célébration passée et reprise

- la relecture par l’Ecriture, figure du sacrement

- l’existence convertie : la vie nouvelle reçue dans les sacrements]

- l’Eglise

-         la rencontre avec l’Evêque un an plus tard

-         le sacrement de Réconciliation : renouvellement de la vie baptismale

 

 

2- Remarques :

-On peut se demander s’il ne serait pas avantageux d’induire une organisation du temps de la mystagogie (quelques temps forts, spécifiques, jalonnant le temps)

 

-Le temps de la mystagogie introduit dans le vécu ecclésial sous ses trois modes: croire [confession de foi ou attestation], vivre [configuration au Christ et témoignage], célébrer [ou la dimension symbolique et religieuse], La vie comme lieu de la réalisation du don, agie par la grâce.

-Il est important de permettre aux néophytes d’accéder au langage de l’expérience personnelle et ecclésiale, afin que ce qui est vécu soit goûté consciemment. Tout développement de la vie, toute formation  réclame la prise en compte de l’expérience des personnes. L’homme ne se réalise que dans l’accueil  de l’expérience de Dieu.

-Une catéchèse mystagogique reprend les rites célébrés et l’expérience vécue pour éclairer la vie nouvelle et l’agir chrétien. Elle s’appuie sur la Parole de Dieu et relie le mystère de la Parole, le mystère dévoilé dans les rites et le mystère de la vie.

Elle initie aussi par la relecture de vie,  plus prtaiquement par le récit de vie (à différencier de la révision de vie)  qui vise le travail de reconnaissance de la grâce de Dieu dans une existence.  De relecture en relecture, on devient. chrétien, en étant attentif à ce  que Dieu suscite, à sa grâce, à ce qui est neuf, qui est autre, inouï [non-enrtendu], qui est signe de l’irruption de la Parole dans la vie des personnes.

 

3 -  quelques modalités, conditions, points d’attention

cf pistes reprises du document «  des itinéraires de type catéchuménal vers les sacrements (p 27)

-         Initier à une attitude de réception (vis à vis du don et du donateur) : là est le préalable de toute expérience sacramentelle première. Ce qui se joue dans la mystagogie se joue déjà au catéchuménat : ouvrir les catéchumènes à cette disponibilité intérieure, indispensable pour accueillir le dons de Dieu, y consentir et y répondre.

-         Découvrir la nécessité de la ritualité  (dans ses dimensions repérables notamment celle de répétition et du symbolique), comme structurant le temps de la vie individuelle et commune. Sans ritualité, il est difficile de se situer, de s’identifier. Les rites comme mémoire et actualisation, nous donnent d’accueillir un avenir au cœur du présent (cf p. 34)

-         La pédagogie du chemin : le rapport au temps, complexe, est souvent ignoré. Le but  d’un itinéraire d’initiation est de faire parcourir un chemin p. 36 (le chemin n’est pas en fin de compte spatial, mais temporel…comme le pèlerinage !)

Dans les pratiques courantes et concrètes du catéchuménat , on peut parler de«  but à   

atteindre », on entend là un  «  langage d’aboutissement » (p. 35) ou de«  parcours de combattant » Il

s’agit donc d’éviter l’isolement des actes, leur ponctualisation,  sans conséquences sur la manière de vivre en Christ et de s’attacher par contre à une pédagogie de la marche et de la progression, avec des étapes qui relancent le cheminement (p. 77) (et non des occasions (p.49)

Dés lors, c’est une autre approche qui doit apparaître : déployer, relier, vivre…

-         évaluer  une pédagogie de la conduite : Si le temps de la mystagogie est, d’une certaine façon, en fin de compte, indéfini, c’est qu’il faut du temps pour accompagner quelqu’un . Il s’agit d’accompagner une croissance, tenir par la main - tout en évitant le maternage, et puis lâcher la main, au bon moment. Cette pédagogie vise l’insertion des néophytes dans l’Église et leur autonomie.

-         Pratiquer la mystagogie c’est parler avec les nouveaux baptisés [catéchèse, relecture] de ce qu’ils ont vécu dans l’action liturgique pour les aider à en mesurer la portée pour leur vie de baptisé et à découvrir un peu plus ce qui fait le mystère de la foi.

 

  © CT - St Rambert en Bugey, les 7, 8, 9 juillet 2008

 



[1] Le terme d’expérience et ce qu’il comporte est très présent dans le rituel lorsqu’il parle du temps de la mystagogie. Il revient à plusieurs reprises. Expérience  faite ou connaissance immédiate de choses concrètes de ce qui est fait  et trouve écho en toute conscience  - le vécu nommé, qui prend sens , dans une attention, une réceptivité, nécessitant une présence à soi, à ce qui est vécu. L’expérience : ce qui se trouve reconnu dans l’existence concrète, accueilli, reçu. La relecture donne à la voir. L’expérience nous mûrit, constitue notre mémoire profonde. L’expérience  est en rapport avec ce qu’on expérimente (accompli, en ce que cela comporte aussi de non réitérable).

[2] Il s’agit de faire accéder à l’intelligence des Mystères par l’enseignement de l’Ecriture ( AT typologie de NT)

et par l’explication des rites sacramentels pour une expérience de vie dans le Christ ( vie nouvelle )

« A présent, le temps où nous sommes après Pâques et le baptême nous invite à parler des mystères et à nous dévoiler le sens même des sacrements » Ambroise, les Mystères.

 

 

 

 


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