le Carême 1858   



15 jours pour changer de vie

 

LE CAREME 1858

 

 


Etablir un parallèle entre les apparitions de Marie à Bernadette, et la liturgie que l’Eglise proposait aux fidèles en ces mêmes jours, révèle une étonnante correspondance. Le Père Christian Teysseyre, chapelain responsable de la liturgie dans les sanctuaires de Lourdes nous en donne un exemple  pour les 12 premières apparitions.

 

Marie demande à Bernadette le 18 février « de venir ici pendant quinze jours ». Entre le 18 février, jeudi après les cendres, et le jeudi 25 mars – entre le dimanche de la passion et celui de rameaux – va se dérouler la quinzaine et ses douze apparitions.

                                                        

 

Au cœur du carême est donné le cœur du message. La marche de l’Eglise à la suite de Jésus vers pâques trouve une actualisation dans les événe-ments vécus à la Grotte par Bernadette.

 

Le lien entre la liturgie quoti-dienne et ses textes avec les événements de la quinzaine a été clairement perçu. Un des premiers historiens, Henri Lasserre, lit en parallèle les textes liturgiques et le récit des événements. Il y a plus qu’un coïncidence. Ce qui se passe symbolise ce que la liturgie célèbre : la manifestation du mystère pascal, la participation à la vie donnée de Jésus, à la victoire de la vie et de l’amour.

 

Si Henri Lasserre parcourt tout à la fois les textes de la messe et ceux de l’office… cette présentation se limitera à donner le calendrier liturgique de 1858 et les références des lectures (liturgie de la Parole).

 

L : Lecture (Epître)

E : Evangile

ED : Evangile Férial remplaçant le prologue de saint Jean quand un autre texte avait été lu à l’Evangile.

 

La lecture du dernier Evangile sera un fil conducteur habituel.

 

Outre les textes des diman-ches, on lira attentivement ceux des vendredis de carême : ce jour-là, à Tarbes, comme en d’autres lieux, on célébrait les « instruments de la passion ». On notera que l’organisation liturgique de ce temps compor-te un nombre non négligeable de fêtes spécifiques au diocèse de Tarbes (P.T.) 6 jours sur 17.

 

La parole de Dieu annonce, réalise, accomplit l’œuvre du salut dans l’aujourd’hui de la vie des hommes, appelant une réponse de foi dans la recon-naissance des signes par lesquels Dieu se communique en son Fils.

 

Bernadette a-t-elle entendu ces textes ? Pour les messes de semaine, ces textes étaient lus à voix basse en latin, par le prêtre. Le dimanche, le prône comprenait la reprise de l’Evan-gile au moins en français.

 

Bernadette se rendait, le dimanche, à la grand messe de 10 h (la première l’hiver pou-vant se célébrer à 7 h). Ceci est attesté pour les 14 et 28 février. Elle assistait aux vêpres (Cf. 21 février) qui avaient lieu à 14 h. Elle n’avait pas coutume – comme on l’a dit – de participer à la messe chaque jour. Le 13 octobre 1869, elle précisera, à ce sujet : « j’allais quelque fois à la messe, mais pas tous les jours ». Nous savons qu’elle a participé à celle du 18 février, à 5 h vraisemblablement, ou à    6 h, ainsi qu’à celle du jeudi 4 mars, avec sa mère, ses tantes, à 6 h 30, messe célé-brée à l’intention d’une tante décédée la veille… Peut-être aussi le 19 février et le 16 juillet (elle y a sans doute communié, suite à se première communion du 3 juin).

 

L’année 1858 est une année jubilaire (la précédente avait eu lieu en 1854). Les « exercices » de 30 jours étaient particu-lièrement recommandés pour l’Avent, excepté les paroisses de l’arrondissement de Tarbes recevant la visite pastorale de l’évêque au printemps. Les prêtres étaient invités, en effet, à apporter une aide dans le ministère de la prédication et de la confession.

 

Ce carême a vue, sans doute, les exercices d’adoration des 40 heures permis dans toutes les églises où ils avaient eu lieu en 1857 « à condition que le salut soit précédé de trois jours d’une courte instruction ou exhortation ou lecture et d’une amende honorable » et qu’il y ait assez d’adorateurs (du dimanche 14 février au matin au mardi 16 au soir, ou la veille du mercredi des cendres). Les dimanches, mardi et vendredi de carême avait lieu une instruction ou entretien familier. Cet exercice était précédé du psaume 50 ou « de quelques cantiques graves et pieux » et suivi du salut du très saint sacrement (le dimanche avec ostensoir, en semaine avec le ciboire). Instructions qui n’avaient jamais connu une telle affluence selon le témoi-gnage de l’abbé Peyremale, du 15 mars.

 

Le 4e dimanche (14 mars), était lu et commenté le canon rappe-lant l’obligation de la confession et de la communion pascale, à remplir entre ce jour et le 3e dimanche après Pâques (le rituel de 1866 réduira le délai de 15 jours).

 

Le chemin de croix dont la dévotion n’a cessé, après 1830, de se généraliser en France est recommandé chaque vendredi de carême « à l’issue de la messe ou autre heure convena-ble. » Mgr Laurence n’écrivait-il pas dans son instruction pasto-rale : « Nous désirons que les fidèles connaissent de plus en plus l’excellente pratique du chemin de croix ».

 

On se souvient de la place que tiendra le chemin de croix dans la vie de Bernadette, religieuse à Nevers.

 

 

1 Instruction pastorale et mandement de Mgr l’évêque de Tarbes pour le carême et le jubilé de 1858. (Tarbes 20.1.1858)


LA LITURGIE ET LES APPARITIONS A LOURDES

 

 

Jour

Liturgie

Parole

Apparition Contexte

Paroles de Dieu

Paroles de la Dame

Jeudi 18 Février

St Romuald

Abbé « os justi »

L    Ecclé. 45/1-6

      (cf. 15 fév)

E    Mt 19/27-29

      récompense promise

      au détachement

DEV Mt 8/5-13

      Guérison du serviteur

      du centurion

3

Episode

de l’encrier

du papier et

de la plume

Parole de la Dame

DEV « Seigneur je ne suis pas 

     digne que tu entres sous mon 

     toit – mais dis seulement un

     mot et mon serviteur sera

     guéri ».

   - « Ce que j’ai à dire, il 

     n’est pas nécessaire de 

     le mettre par écrit »

   - « Voulez-vous me faire

     la grâce de venir ici 

     pendant 15 jours. »

   - « Je ne vous promets

     pas de vous rendre        

     heureuse en ce monde

     mais dans l’autre »

Mercredi 24 Février

 

 

St Matthias

(4 temps)

 

L   Actes 1/15-26

     élection de Matthias

E   Mt 11/25-28

     la Bonne Nouvelle révélée 

     aux tout-petits.

DEV Mt 12/38-50

     signe de Jonas et la vraie

     parenté de Jésus

8

Pénitence

     « cette génération mauvaises  

     réclame un signe…

     Jonas, 3 jours et 3 nuits

     de même le Fils de l’Homme 3

     jours et 3 nuits enfermé dans la

     terre…

     qui est ma mère, mes frères ?

     Tous ceux qui font la volonté de 

     mon Père qui est aux cieux ».

     « Priez Dieu pour les 

     pécheurs »

     « Pénitence ! 

     Pénitence ! 

     Pénitence ! »

Jeudi 25 Février

Ste Apollonie

vierge et martyre

P.T.

« loquebar »

L   Ecclé 51/1-8, 12

     louange du Seigneur

E   Mt 25/1-13

     parabole des 10 vierges

DEV Mt 15/21-28

     La cananéenne

9

Marche à genoux

herbe – boire

soir

interrogatoire du procureur impérial Dutour

DEV   « Pitié Seigneur, Fils de David

     Femme, ta confiance est grande »

   

     « Allez boire à la

     fontaine et vous y

     laver »

 

     « Allez baiser la terre

     par pénitence

     pour les pécheurs ».

 


© 2014 CT