le pain et le vin   



 

 

Symbolique du pain et du vin

 

 

Cette approche a pour but de reprendre toute une anthropologie sous-jacente à l’Eucharistie et de reprendre également la signification du pain et du vin dans la Bible .

 

Le pain et le vin c’est nous-mêmes dans notre totalité personnelle, le pain et le vin c’est nous-mêmes dans l’opération de conversion.

 

« Si donc vous êtes le corps du Christ et ses membres, c’est votre propre symbole qui repose sur la table du Seigneur » Augustin, Sermon 272.

 

 

I)  La symbolique anthropologique et spirituelle

 

Cette lecture est un sous-bassement de l’Eucharistie.

 

1.                 Pain et vin sont dons de Dieu comme aussi est don de Dieu tout ce que nous recevons de lui, dons que Dieu nous accorde pour vivre notre vie en ce monde… d’où l’apport des dons, dons reçus.

 

Le pain et le vin nous viennent de la terre productrice et renvoient à la création. Ils sont le résultat de toutes les énergies : pluie, chaleur et lumière. C’est tout l’univers que nous recevons de Dieu. Nous sommes dans un registre de foi. On n’est pas propriétaires.

 

2.                 Le pain renvoie à notre condition humaine faite de besoins et de travail. Le pain vient nous désigner comme des êtres besogneux. Le pain renvoie à notre indigence radicale dans l’existence, à notre condition radicalement incarnée, à notre situation de dépendance. Le pain symbolise notre condition de manque.

 

Le besoin est le moteur de toute activité humaine, économique, de recherche. Se nourrir, c’est un acte de foi en l’avenir, en la vie.

 

3.       Le pain et le vin sont fruits du travail de l’humanité

Ils sont devenus tels par le travail de l’homme. Ils sont des produits élaborés, préparés, humanisés. Ce n’est pas le blé et la grappe de raisin. Il y a de l’homme dans le pain et le vin. La création est faite pour être humanisée, transformée et cela ne va pas sans peine.

 

Il faut que le grain soit broyé :          dimension de mort

Il faut que le raisin soit pressé :          dimension de mort

 

« Broyé » est un verbe très intéressant pour comprendre ce qu’il en est du Christ et de l’Eucharistie. Enfantement douloureux pour faire advenir une réalité nouvelle. Seul l’homme est capable de travail. Le travail fait l’homme, il le valorise. Il est participation à la création, à la vie, cf encyclique de Jean-Paul II ‘’laborens exercitus’ : le travail porte la marque particulière de l’être humain.

 

3.                 Pain et vin n’existent pas indépendamment d’une communauté qui les produit pour son usage et se les approprie. C’est un vouloir vivre ensemble, une organisation du vivre ensemble. Pain et vin nous parlent de partage et de communion.

 

Manger ensemble, c’est s’établir dans une communauté, c’est se reconnaître d’une communauté. Manger ensemble, c’est faire vivre la communauté. Manger ensemble ce n’est pas seulement prendre des calories, le partage des vivres est  une assurance pour chacun contre les forces de mort et de solitude.

 

4.                 Pain et vin nous renvoient aux échanges les plus vitaux. Ils renvoient aux échanges qui sont fondamentaux de la dimension humaine. Une société qui s’enferme sur elle-même est condamnée à la mort. L’ouverture à l’autre est constructrice de toute société. La vie est échange.

 

 

II)  La symbolique biblique  (cf. VTB pain – vin)

 

Pain et vin appartiennent à deux registres totalement différents.

L’absence de communion au sang est un déficit symbolique, même si le Christ est totalement présent sous la réalité de chacune des espèces.

 

Le pain renvoie à l’Exode, à l’histoire, aux dures réalités de la vie, aux besoins vitaux, au vouloir vivre ; au jour le jour. On le retrouve dans la Bible : l’Exode, la manne, Elie, les visiteurs d’Abraham…

 

Exode : le pain de la traversée, le pain de l’homme en route. C’est notre existence au jour le jour. « Donne-nous notre pain quotidien aujourd’hui ».

 

Le vin n’est pas de l’ordre de la nécessité. Le vin est du registre de la fête, de la gratuité. Il est de l’ordre du plus, du débordement - le thème de l’ivresse spirituelle est un thème spirituel  traditionnel. Il y a la coupe débordante qui réjouit le cœur : « Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau ». L’homme ne vit pas seulement de pain mais aussi de vin…. Le vin   renvoie à la joie de Dieu, à la fête éternelle.

 

Tout le poids d’humanité se trouve investi par le Dieu de l’Alliance. Il nous rejoint dans notre humanité à travers ce pain et ce vin.

 

Manger ensemble : le premier souvenir des apôtres n’est pas le Jeudi-Saint mais dans l’expérience du repas seigneurial, celui de Jésus  qui nourrit ses disciples au bord du lac après la Résurrection.-cf Jean 21/13.  Le Christ les attend, les nourrit de pain et de poisson. C’est le don du Christ pascal qui nourrit les siens. C’est le Christ pascal qui les rassemble.

 

Quand nous mangeons ensemble nous manifestons une existence partagée. C’est affirmer que nous voulons tenir ensemble. Manger ensemble c’est refuser de tenir notre vie pour seule. Manger ensemble nous unit en un seul organisme, familial, communautaire… Les autres sont notre corps (incorporation). Manger ensemble c’est devenir un. Cela nous renvoie à l’Euchariste qui nous fait « un » ensemble, avec le Seigneur. Nous devenons son corps.

 

Quand on mange ensemble on partage autant la parole que le pain. Manger ensemble indique la recherche d’une qualité de relation. Il y a un rapport très étroit entre se nourrir du pain de la Parole et du pain de l’Eucharistie ( le repas et la parole sont nourritures). 

 

Bourg Saint-Andéol, 21 mars 2004

 

 

 

 

 

 


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