Liturgie des Heures   



LA PRIÈRE DES HEURES

 

 

Certains chrétiens ont vu s'éloigner la pratique des vêpres en paroisse ; d'autres ne l'ont pas connu. Mais quelques uns, aujourd'hui, redécouvrent cette forme de prière ecclésiale, en paroisse ou dans des communautés.

 

Prier tout le jour.

Le temps demande à être vécu pour Dieu, comme le Christ l'a vécu lui-même dans son existence entière. La prière des Heures vient au long du jour exprimer la volonté de l’Église, de prier sans cesse vers Celui dont elle reçoit la vie pour, avec lui, rendre grâce et intercéder. La prière des Heures constitue l'Église en prière dans un dialogue fervent avec le Christ son époux. Prière de l’Église, la prière des Heures est aussi prière du Christ adressée au Père: le Christ prie pour nous et en nous ; et nous, nous prions par, avec et en lui. Chaque baptisé participe de cette louange incessante du Christ et de l’Église. En priant les Heures, le temps et avec lui, toutes les réalités et les activités humaines se trouvent sanctifiés.

 

Cette prière ecclésiale reçoit aussi le nom d'Office divin, ce qui signifie que l’Église a

une charge à exercer, une fonction à remplir au cœur  du monde: louer Dieu appartient à la vocation de l'homme. L'Église par la prière des Heures, exerce sa fonction de Peuple chargé de

la louange de Dieu. De ce fait, la Prière des Heures revient à l’Église tout entière (et non seulement à quelques uns).

 

La prière des Heures s'appelle aussi liturgie des heures. Cette dénomination vient rappeler que cette prière est une action du Christ et de l'Église. Elle souligne la dimension

communautaire qui caractérise toute action liturgique. Aussi on pourra comprendre que la célébration communautaire soit préférée à la récitation individuelle (SL 33 - 40). Parce qu'il s'agit d'un attachement effectif de la part de l’Église, il s'agit de célébrer l'heure qui correspond au moment du temps. Chaque jour présente cinq offices : Laudes le matin, les deux heures du milieu du jour, les vêpres et les complies. L'office des lectures n'est pas lié à un moment précis, mais chez les moines, il est célébré la nuit.

 

L'évocation du Christ-Lumière accompagne le déroulement du jour et des heures (cf Lc 2). Au matin, à l'aube, la lumière naissante nous invite à reconnaître dans le Christ la lumière du matin de Pâques. A midi, quand le jour est dans tout son éclat, la splendeur de Dieu est le motif de la louange. Au soir, au soleil couchant, l’Église sait que le Christ est son espérance et

qu'elle peut marcher dans l'attente confiante. Ce parcours symbolique du jour inspire pour une part le choix des psaumes, des répons et tout particulièrement des hymnes pour faire mémoire du Salut au long du jour. Le temps des hommes s'ouvre au temps de Dieu.

 

Redécouvrir la Prière des Heures.

Aujourd'hui, bien des chrétiens redécouvrent cette Prière des Heures, spécialement avec certaines propositions adaptées. Cette prière personnelle peut devenir une façon de participer à la prière de l’Église. Des associations de laïcs, des communautés, des paroisses la célèbrent à un moment précis de la journée. Cette nouvelle pratique, loin de ranger la Prière des Heures dans le registre de la dévotion et de l'accessoire, révèle un aspect essentiel de la vie de l'Église.

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De même que la liturgie n'est pas l'unique activité de l'Église (SL 9) de même l'Eucharistie ne peut être la seule activité de la liturgie. Le mystère pascal demande à être célébré sous ses différentes formes: l'Eucharistie, source et sommet ; la célébration de la Parole, la Liturgie des Heures (PGLH 22) Même le dimanche alors qu'on célèbre des ADAP, la Liturgie des Heures peut devenir une des formes de célébration et de rassemblement comme le suggèrent diverses orientations pastorales.

 

A  TEXTES REPÈRES

«Le temps qui rythme la vie de l’homme sur la terre et sous les milliers de galaxies de l'univers rythme aussi sa prière. La prière liturgique se déroule année par année en une spirale continue : chacun y prend sa place dès l'éveil de sa vie terrestre jusqu'à la fin de celle-ci dans la plénitude ».

(CNPL, Pour célébrer la prière des heures avec l'Église, p. 81)

 

"L'Office divin, d'après l'antique tradition chrétienne, est constitué de telle façon que tout le déroulement du jour et de la nuit soit consacrée par la louange de Dieu".

(Vatican 11, SL, n'84)

 

"La liturgie des Heures s'est développée progressivement jusqu'à devenir la prière de l'Église locale. Dans des lieux et des moments déterminés, elle est alors devenue, sous la

présidence du prêtre, comme le complément nécessaire de tout le culte divin exprimé dans le sacrifice eucharistique pour imprégner toutes les heures de la vie des hommes".

(Paul VI, Laudis canticum, ler novembre 1970)

 

"La louange de lÉglise appartient à toute la communauté chrétienne".

"La liturgie des Heures, pas plus que les autres actes liturgiques, n'est une action privée : elle concerne tout le corps de lÉglise, elle le manifeste et elle l'affecte tout entier."

(PGLH, n' 270 et 20)

 

"Il faut prier le matin pour célébrer la Résurrection du Seigneur. De même, quand le soleil se couche et que le jour s~achève, il faut encore prier. Le Christ est le vrai soleil, il est le jour véritable. Au moment où disparaissent le soleil et le jour de ce siècle, nous prions, nous demandons que la lumière vienne néanmoins sur nous - nous intercédons alors pour que se produisent l'avènement du Christ et la révélation gracieuse de la lumière éternelle... Le vrai soleil et le véritable jour, c'est le Christ",

(St Cyprien, la Prière du Seigneur)

 

« Et comment dira-t-on, un homme du siècle, rivé à son tribunal, pourrait-il prier de trois heures en trois heures et s'échapper vers l'Église ? Cela se peut et rien n'est plus facile.

En effet, s'il n'est pas aisé de courir à l'église, là-bas, debout à la porte ou cloué à son tribunal, il peut prier, car il n'est pas tant besoin pour cela de paroles que de pensées, ni de mains étendues que d'âme attentive, ni de geste que de méditation ».

(St Jean Chrysostome, Homélie sur Anne 7, 5)

 

« Il n'est pas exagéré de le dire : comme beaucoup de mes semblables (juifs), je suis né avec ce livre aux entrailles. Mon père connaissait par coeur son Psautier en hébreu. Chaque jour il interrompait le cours de ses préoccupations pour réciter une vingtaine de Psaumes, de sorte que tout le Psautier était chanté par lui chaque semaine ». (A. Chouraqui, « Introduction à sa traduction des Psaumes louanges », DDB, 1976, p. XXXH)

 

B-  DANS L'HISTOIRE

Deux traditions se croisent au début du christianisme. Les premiers lieux qui nous signalent cette prière des heures apparaissent chez les ascètes et dans les monastères. Un peu après et parfois en même temps, on trouve des rassemblements dans les cathédrales puis dans les églises paroissiales. Une différence notable pourtant se manifeste. Les moines prient toutes les trois heures, tandis que les chrétiens, surtout les prêtres attachés aux églises, ne se retrouvent que le matin et le soir. Ce qui peut se représenter de la manière suivante :

 

 

 

 Les conciles espagnols et gaulois des Vè et VIè siècles légifèrent souvent pour fixer le détail de ces assemblées quotidiennes ou en recommander la fréquentation... Les fidèles chantent les "psaumes du matin" et les "psaumes du soir", toujours identiques et qu'ils savent par cœur  , s'y ajoutent, surtout le matin, des cantiques bibliques ou même non bibliques ; dans certains Églises, il y a une prédication presque quotidienne - la cérémonie se conclut par des intercessions et une collecte prononcée par l'évêque ou un prêtre. Outre ces deux réunions quotidiennes de prière, les fidèles peuvent être convoqués de façon plus ou moins fréquente à des veillées ou assemblées nocturnes : vigile pascale, vigile de Noël, de l’Epiphanie, de la Pentecôte - parfois vigiles de chaque dimanche... Mais les veillées les plus populaires ont été sans conteste celles des anniversaires des martyrs, célébrées auprès de leur tombeau. Ces vigiles font suite souvent à la prière du soir, celle-ci donnant alors de la solennité au lucernaire, le geste d'allumer les lampes ou un grand cierge"(.G. Martimort, EEP Tome IV, p. 188)

 

Le bréviaire est le résultat d'une modification qui apparaît au Moyen Age (Mè siècle). Son étymologie exprime une réalité plus brève de l'ensemble des prières des heures. Désignant initialement le lectionnaire de l'Office choral, il devient un seul livre, rendant plus commode la récitation individuelle, surtout en voyage (fin X11è, début XIIIè siècle). Les livres liturgiques seront réformés ensuite aux conciles de Trente (bréviaire de Pie V en 1568), de Vatican H (livre de la Liturgie des Heures).

 

Plusieurs accents ressortent de la dernière réforme conciliaire

Tout d'abord la dimension ecclésiale de l'Office divin : le Concile cherche à ce que tout le Peuple de Dieu puisse y participer, et donne sa préférence à la célébration commune. Ceci pour favoriser la participation consciente et fructueuse. Ensuite une correspondance réelle avec les heures du jour (des prêtres en étaient arrivés parfois à dire matines en rentrant de réunion le soir). Puis une répartition mieux adaptée des psaumes et des lectures, en même temps que la création de prières de louange et d'intercession. Enfin la possibilité d'une expression dans la langue du peuple, ce qui favorisera la création de 260 hymnes en langue française.

 

C - SAVOIR-FAIRE

Les manières de célébrer la liturgie des heures sont nombreuses. Si lon célèbre avant la messe, si l'on se trouve à Taizé, si une cathédrale remet en valeur les vêpres le dimanche, si l'on choisit cette structure pour célébrer les ADAP, l'on ne fonctionnera pas de la même manière. Dans tous les cas, il sera important d'être attentif aux acteurs qui interviennent, ceux-ci pouvant être différents selon les figures vécues.

Plusieurs déroulements peuvent se présenter: * la célébration autonome de Meure du jour concernée: Laudes, heure du milieu du jour, Vêpres. On met alors en oeuvre le déroulement prévu: on chante l'hymne ou une autre hymne -en accord avec le temps et l'heure- dont la mélodie est connue , les psaumes sont psalmodiés soit par verset -la participation du plus grand nombre est alors assurée, soit par strophe -le texte respire davantage avec un rythme plus ample. La Parole est proclamée, écoutée ; on y réagit avec le répons dialogué. Un cantique évangélique (Nunc dimittis, Magmific ), une prière de louange et d'intercession trouvent place le matin et le soir avant la récitation du Notre Père et la prière conclusive. Il est important en cette circonstance de trouver le bon rythme sans lenteur ni précipitation, en prenant le temps du chant ou de l'écoute.

 

Les enchaînements gagneront à comprendre une brève pause entre les éléments successifs, spécialement entre les psaumes. Une introduction pourra permettre de mieux prier le psaume. Des intervenants sont à prévoir: soliste ou chœur  alternant avec l'assemblée, lecteur de la Parole de Dieu et de la prière de louange et d'intercession, instrumentistes (orgue, cithare), président qui ouvre la célébration et conclut par la prière. * La célébration des Vêpres au cours d'un long temps d'adoration lors de l'exposition solennelle et prolongée et de la bénédiction du Saint Sacrement (possibilités mentionnées dans le Rituel de l’Eucharistie en dehors de la messe, n' 96). La célébration en lien avec la célébration de l’Eucharistie - plusieurs manières de faire: une première indiquée dans PGLH, n' 94 à 97. Il s'agit d'inclure l'office dans la célébration de la messe. Plusieurs possibilités de rattachement sont prévues soit avant, soit après la messe, suivant l'office concerné avec même une introduction au choix (cette manière de faire risque de présenter une accumulation nuisible des éléments et de désarticuler l'organisation cohérente de chaque célébration impliquée). - Une autre manière plus homogène et simple reprend la manière précédente mais l'inscrit dans l'Eucharistie elle-même. Après les rites d'entrée, vient la psalmodie. La prière d'intercession trouve place à la prière universelle, et le cantique évangélique est chanté après la communion. - On peut aussi marquer la spécificité de chaque célébration. L'office alors précède ou suit immédiatement l’Eucharistie.

 

 

Structure commune des deux principales heures du jour

 

      office du matin                                                       office du soir

 

Laudes                                                                        vêpres

verset ouverture

hymne

Antiennes

 

Psalmodie

 Psaume du matin                                                   Deux psaumes

Cantique de l’AT                                                      Cantique du NT                               

Psaume de louange

 

Lecture de l'Ecriture

Répons

 

Cantique Evangélique

 

de Zacharie Benedictus                                        Marie Magnificat

 

 

 

Prières de louange et d'intercession

Notre Père

Prière de conclusion

Bénédiction

 

Dans les monastères

Dans la vie chrétienne

 

Vigiles (louange nocturne

office des lectures)

 

Laudes

 

Tierce (matinée)

 

Sexte (midi)

 

None (après-midi)

 

Vêpres

 

Complies (avant le repos de la nuit)

Office des lectures (à n'importe quel moment de la journée.

 

 

Laudes (prière du matin)

 

 

                                    Les deux pôles

Heure du milieu             de l’office

                                         Quotidien de

                                                         L’Eglise

                                          (heures principales)

Vêpres (prière du soir)

 

DES OUTILS – BIBLIOGRAPHIE

a)   Des textes sources.

 

Prière du Temps présent (29 juin 1980), Cerf/Desclée/DDB/Mame, 1998.

La Liturgie des Heures (4 volumes), Cerf/Desclée/DDB/Mame, 1996-1998.

Livre des Jours (27 oct- 1975), Cerf/Desclée/DDB/Mame, 1984.

La Liturgie des Heures. Complément (1 ' déc. 1989), Cerf/Desclée/DDB/Mame, 199 1.

Les Hymnes de leturgia horarum, Desclée/Mame, 1980.

 

 b) Pour accompagner

Présentation générale de la Liturgie des Heures (PGLH). (Cette présentation donne à la fois le sens et les modalités de mise en oeuvre de la prière de l'Église. La structure rituelle de tout

officie comme de chacune des heures liturgiques fait l'objet d'une étude ainsi que les divers éléments qui la constituent). Église qui chante: « Traité de Psalmodie", Doc. 22, 199 1. (Cette brochure présente des points de repère pour aborder la pratique de la psalmodie). La revue « Église qui chante » a publié une série de documents concernant le chant des Heures (doc. 7 ; 19 ; 2 ; 13 ; 15 à 17 , 20 : chanter le temps présent).

 

Dans la revue « Célébrer », les N' 234 à 244 p. 3 1, Marie-Armelle Girardon donne en deux pages la description de chacun des éléments de la liturgie des heures ; du n'°244 à 253, Elle y présente un certain nombre de psaumes utilisés dans la liturgie). Les numéros 255 à 263 décrivent diverses manières de célébrer. Dans la revue « Fêtes et saisons », « La prière de l'Église », n' 536. CNPL, La Prière des heures : comment s:y retrouver, Cerf/DDB/Mame, juin 1999.

 

d ) Pour se former.

J. Gélineau (dir)., DVA, « La liturgie des heures », l’ édition p. 520-538, 2è- édition p. 508­526.

M. Mammati, dans la revue « Cahiers évangile »,

« Prier avec les psaumes », n' 13, Cerf, 1975.

CNPL, Pour célébrer la prière des heures avec lÉglise, Cerf, 1993.

 

 

article paru dans "exultet - encyclopédie pratique de la liturgie", CNPL, Bayard, 2000

 

 

 


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