Prier avec Thérèse (1)   



PRIER

AVEC THÉRÈSE

 

Avec Thérèse  

 

 

 

«Je n'ai Pas envie d'aller à Lourdes pour avoir des extases, je préfère la monotonie du sacrifice» (LT 106 - 10 mai 1880).

 

«Mon désir n'est Pas de voir ici-bas» (PN 24 strophe 27).

 

« Ma Petite voie de ne rien désirer voir» (DE 4.6.1).

 

«Le bon Dieu n'a Pas besoin de nos belles Pensées, de nos oeuvres éclatantes. S'il veut des pensées sublimes, n'a,t4l pas ses anges, ses légions d'esprits célestes dont la science surpasse infiniment celle des plus grands génies de notre triste terre» (LT 141).

 

«Mais non, il met ses délices dans de Pauvres Petites créatures faibles et misérables... Sans doute que cela lui plaÎt mieux» (CSG p. 29).

 

«Laissant aux grandes âmes et aux grands esprits les beaux livres que je ne puis comprendre, je me réjouis d'être petite car s'il n'y avait que «la demeure» dont la description et le chemin me semblent incompréhensibles, je ne pourrais y entrer» (LT 226).

 

«Aux âmes simples, il ne faut Pas des moyens compliqués. Comme je suis du nombre ... » (Ms C, 33 v).

 

« que le voudrais expliquer ce que je sens » (Ms A, 38 vo).

 

«Il est impossible à la Parole humaine de redire des choses que le cœur  humain peut à peine pressentir» (Ms B, 1 r).

 

« j’ai Plus désiré ne pas voir le bon Dieu et les saints et rester dans la nuit de la foi que d'autres désirent voir et comprendre» (DE 11.8.5).

 

«Jamais je n'ai entendu (le bon Dieu) parler, mais je sens qu'il est en moi, à chaque instant. Il me guide et m'inspire ce que je dois dire ou faire» (Ms A, 83 v').

 

«La Prière, c'est quelque chose de grand, de surnaturel qui me dilate l'âme et m'unit à Jésus» (Ms C, 25 v').

 

«Je Préfère de beaucoup dire «tu» à Jésus. Cela exprime mieux mon amour et je n'y manque jamais quand je parle à Lui seul. Mais dans mes poésies et mes prières qui doivent être lues par d'autres, je n'ose pas » (CS p. 82).

 

«Non je ne suis pas une sainte ; je n'ai jamais fait les actions des saints. Je suis une toute petite âme que le bon Dieu a comblée de grâces, voilà ce que je suis. Ce que je dis, c'est la vérité, vous le verrez au Ciel» (DE 9.8.4).

 

«Non je ne me crois pas une grande sainte ! Je me crois une toute petite sainte ; mais je pense que le bon Dieu s'est plu à mettre en moi des choses qui font du bien à moi et aux autres» (DE 4.8.2).

 

                       


On ne prie jamais seul. Notre prière se trouve accompagnée de frères et de sœurs  qui nous ont précédés dans ce cœur  à cœur  avec le Seigneur ; nous les rencontrons dans le cœur  de Dieu. Saurons-nous tous ceux et celles par qui notre prière a été guidée, -accompagnée ?

Thérèse aujourd'hui accompagne notre prière, soit parce qu'elle nous est devenue proche et familière depuis longtemps, soit parce que quelque chose nous conduit à désirer mieux la connaître. En prenant ce chemin de prière, nous allons le vivre avec Thérèse de Lisieux. Elle va faire route avec nous. Son expérience va devenir la nôtre. Le partage n'est-il pas naturel là où la rencontre s'approfondit chemin faisant.

 

Thérèse, elle-même, a reçu lumière et soutien de tant de saints familiers qui ont accompagné sa route. Elle aussi a «prié avec»... Thérèse d'Avila, (sa patronne), François de Sales (un de ses prénoms de baptême, écho des affinités spirituelles de ses parents), St Martin, plus tard St Jean de la Croix et puis des saints chez qui elle retrouvait ce qu'elle cherchait à vivre : Cécile, Jeanne d'Arc, Agnès, les Saints Innocents, Théophane Vénard, et d'autres cachés et humbles : Stanislas Kostka, sœur  Constance des carmélites de Compiègne

(cf. PA p. 26 )

 

Thérèse, toi qui as prié avec les saints, tes amis, ceux et celles que tu savais proches de toi, et que tu désirais imiter, prie maintenant avec nous. A notre tour, nous vivrons quelque chose de ta prière, nous prierons dans ta prière.

En faisant route au fil des jours, tels sont sans doute nos désirs et notre attente. Pourtant des purifications s'imposent. Nous laisser conduire par Thérèse nous demande de nous laisser surprendre par elle, inattendue,

au-delà de notre connaissance acquise et du regard que nous portons sur elle. La manière dont nous pouvons l'approcher, la relation à sa vie, son langage rencontrent en effet spontanément en nous des engouements, des sympathies ou, au contraire, des difficultés, des réticences : stades affectifs à dépasser pour ne pas rester à la périphérie. Thérèse est extrêmement simple. Nous risquons de nous méprendre si facilement à son sujet. Il nous faut aller au-delà de l'apparence.

Une autre difficulté à prier avec Thérèse réside dans une projection de nous-même, de notre rêve de prière, de sainteté.

Ce n'est plus alors Thérèse que nous rencontrons, mais nous­-même.

Nous pouvons aussi penser que Thérèse est bien étrangère par sa vocation, sa vie, à notre propre existence située aujourd'hui dans ce monde, à notre propre état de vie sans doute bien différent.

 

Se laisser faire par Dieu

 

Diverses tentations sont à vaincre pour ne pas ranger Thérèse dans l'extraordinaire. Nous pouvons la croire quand elle nous dit qu'elle vit avec Dieu quelque chose de très simple, qu'elle veut même qu'il en soit ainsi, qu'elle ne recherche en rien les extases, les

 

pensées sublimes. Il y a de multiples raisons. Ce qui importe, ce n'est pas ce qu'on éprouve, mais ce qui est vécu en vérité pour le Seigneur, ce n'est pas de voir, mais de croire ! Moins de «faire» sa vie de prière, sa relation à Dieu, que de «se laisser» faire, habiter par Dieu, combler de sa grâce. Moins chercher ce qui' serait à atteindre comme son bien que de se laisser atteindre ; on comprend alors la nécessité d'être petit, de ne pas compter sur soi pour ne compter que sur Lui.

Il est une autre raison qui impose à Thérèse ce chemin : devenir notre sœur  pour nous «faire du bien». Rejoindre les âmes simples qui se savent créatures faibles et misérables, qui savent bien qu'elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes.

Thérèse est une existence, un chemin ordinaire, amie de Dieu au quotidien, dans «la monotonie du sacrifice». Elle est bien plus proche de chacun de nous qu'elle ne l'est des grands saints - à ses yeux et à nos yeux - des géants inimitables.

Pourquoi cette proximité ? Parce que telles furent sa mission, sa découverte et la conscience de celles-ci. Elle n'utilise pas, sciemment, le langage des grands mystiques, y compris celui de la tradition du Carmel. Elle semble même paradoxalement vouloir l'ignorer pour employer les mots simples de la vie, pour que tous se retrouvent dans son expérience. Pas de vocabulaire technique concernant sa prière et son union à Dieu. Pas de langage spécialisé, de parcours enseigné. Ce n'est pas d'un savoir sur la prière dont nous avons besoin, mais d'une expérience vraie, vérifiée. Plus que de propos sur la prière, plus qu'un langage, fut-il simple, c'est une vie qui nous instruit.

Des grands chemins elle s'est écartée, refusant les chemins compliqués suivis et vantés par certains... qui en fait, dit-elle «tournent dans un labyrinthe dont ils ne peuvent sortir et qui n'aboutit à rien» (PA P. 333). Quelle audace ! Quelle audace libératrice ! Thérèse veut être tellement avec nous, compagne de nos routes communes et obscures, qu'elle n'hésite pas à dire : «Je ne désire pas voir le bon Dieu sur la terre et pourtant je l'aime ! J'aime aussi beaucoup la Sainte Vierge et les saints mais je ne désire pas les voir non PLUS. (DE 11.9.7).

Pour découvrir la prière de Thérèse, il suffit de nous tenir près d'elle, de la regarder prier, de l'entendre. Ainsi apprendrons-nous à prier avec elle, témoins de sa relation vivante au Seigneur. Nous avons dit que Thérèse ne formulait pas un enseignement. Elle parle peu explicitement de la prière comme de la manière de prier. Pas de réflexion systématique, structurée ; elle ne laisse à ce sujet ni livre, ni message, ni méthode d’oraison… mais sa vie est un livre ouvert à tous. En l’ouvrant, nous sommes invités à vivre notre prière. 

 

 

Prier toute sa vie

 

Si toute relation à Dieu demeure cachée et insaisissable - et Thérèse ne nous la raconte pas - il nous est donné cependant d'entrevoir un aspect de celle-ci dans les attitudes et temps de prière, comme dans l'état de prière quand toute la vie devient prière (sa vie et sa prière se trouvant constamment mêlées).

 

Thérèse nous invite à faire de tout moment le lieu de notre union à Dieu. Nous la voyons effectivement prier dans sa correspondance, dans ses poèmes ou lorsqu'elle écrit l'histoire de sa vie : l'interlocuteur, c'est alors soudain Jésus ; c'est encore avant d'entreprendre une action ou au cœur  d'une situation vécue : dans tel événement ou moment, nous avons un écho de sa prière, comme à l'heure de la maladie avec des invocations toutes simples : «Ayez pitié de Moi» (DE 31.8.3 et 20.9.1).

Parfois des traces, un témoignage

«Je dis au bon DieU» (DE 18.4.2 et Ms C, 34 r- et v), «Voici ma prière» (Ms C, 36 r), «La prière c'est ... » (Ms C, 25 r). Ce que Thérèse dévoile alors est moins un raisonnement, une

 

Au cœur  de sa prière : la personne de Jésus (même lorsqu'elle écrit ou dit : «Dieu»). L'important : cette présence aimée. Lorsqu'elle n'a aucun souci des formes reçues ou lorsqu'elle se sait seule ou libre avec le Christ, le vouvoiement, habituel et officiel à son époque, s'efface et se change en un tutoiement de familiarité. Elle ne cherche pas à penser sa prière : les formulations travaillées ne l'intéressent pas. Elle prie au présent dans une disponibilité permanente. Affleure alors l'unité de sa vie, unité admirable qui réveille en nous un même désir. Unité, union à Dieu dans la journée et à tous les instants : pensées, charité fraternelle et relations aux autres, méditations, événements. Toutes choses vécues en union avec Dieu. La prière n'apparaît ni comme un temps à part, ni comme une activité particulière bien délimitée, mais comme l'expression d'un va-et-vient permanent, d'une osmose. Ainsi reconnaît-elle : «Je n'ai jamais été trois minutes sans penser au bon Dieu. On pense naturellement à quelqu'un que l'on aime» (CS p. 77). Prier, faire toute la place à Dieu. N'hésitons pas à nous rappeler que Thérèse, libre d'elle-même, ne s'est jamais souciée de son progrès spirituel ni de le mesurer selon les degrés des «échelles mystiques». Elle ne pouvait s'intéresser à la fois à Dieu et à elle. Vivre en aimant, comprendre, connaître Dieu présent en elle : tel est son unique but !

 

Avec Thérèse, que ma prière, Seigneur, ne soit pas un exercice, mais ma vie tout entière en ta présence. Qu'en me tournant vers Toi en cet instant, je reconnaisse ta venue, le don de ton Amour, Tu ne me demandes rien d'autre que d'être là seulement pour Toi. 

 

 


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