Sacramentaux   



 

LES SACRAMENTAUX

 

Pour plus de facilité, on pourrait appeler sacramental tout ce qui n'est pas sacrement, même si, à l'usage, on s'apercevra que tous les sacramentaux (c'est-à-dire des signes autres que les sept sacrements) ne sont pas à mettre sur le même plan. Mais il est un fait, que même s'ils sont largement divers, l'Église a décidé d'appeler du même nom par exemple les

 

funérailles et la bénédiction d'un bateau. Essayons de faire le point sur leur diversité et de savoir ce qu'ils sont.

 

Il s'agit d'actes liturgiques, de célébrations ayant quelque ressemblance avec les sacrements -non seulement du fait quil s'agisse de signes: pain, lumière, feu, etc.- mais aussi de par leur objectif de manifester et de communiquer le salut -, ils rejoignent ainsi diverses circonstances où les croyants veulent manifester la vie de Dieu et rejoindre le Christ. Les sacramentaux prolongent en quelque sorte les sacrements puisque comme eux, ils cherchent à signifier le salut et que, comme eux, ils disent la sacramentalité de l'existence. On ne peut donc les comprendre qu'en lien avec eux puisque aussi bien ils ne furent reconnus tels que lorsque furent définis au XlIè siècle les sept sacrements majeurs.

 

Les formes variées des sacramentaux.

 

Si on essaie en effet de répertorier ces différents signes, on s'aperçoit qu'il s'agit toujours d'un rituel d'intercessîon qui lui-même s'éclate en trois catégories : la bénédiction, la catégorie principale et la plus répandue, l'exorcisme, enfin la procession. On ne trouvera nulle part de liste exhaustive des sacramentaux. Et si nous retenons ici l'énumération tirée du Catéchisme de lÉglise Catholique (§ 1671-1673), nous en transformons pourtant l'ordonnancement.

 

Bénédictions-consécrations.

 

a) personnes - abbé, abbesse de monastère, vierges consacrées, religieuses, lecteurs, acolytes, catéchistes. b) lieux et objets - dédicace d'une église, consécration d'un autel , bénédiction des Saintes Huiles. 2 - Autres bénédictions : bénédiction des personnes (selon les situations et les circonstances de la vie) et des réalités humaines ou des richesses de la création. 3 - Exorcismes et supplications. 4 - Processions liturgiques: Présentation du Seigneur, Rameaux - Vigile pascale ; Fête du Corps et du Sang du Christ. 5 - Exposition, procession et bénédiction eucharistiques. 6 - Célébrations de la Parole (SL 7, 24, 35/4): ainsi la célébration pénitentielle non sacramentelle. 7 - Prières pour les mourants et rituel des funérailles.

 

Ainsi les sacramentaux peuvent comprendre des célébrations comme celles des funérailles, des actions liturgiques à un moment de l'année comme la bénédiction des cierges, des cendres, des rameaux, la procession de la fête de la Présentation du Seigneur ou celle des Rameaux , le lavement des pieds, le Jeudi saint - la vénération de la Croix, le Vendredi Saint. On a pu aussi considérer que ces sacramentaux formaient des rites particuliers lors d'une action sacramentelle. Ainsi pour le baptême, la signation, l'eau bénite, l'exsufflation, l'imposition des mains, le sel, l'onction des catéchumènes, le cierge, la robe du baptême. Cette approche ne pardit pas aujourd'hui satisfaisante. L'on préfère aujourd'hui à situer les sacramentaux comme des actions qui aident à mieux comprendre la place des sacrements.

 

De même sont considérés comme sacramentaux certains éléments dont on se sert pour un usage individuel et domestique dans le quotidien de la vie : ainsi l'eau bénite, le signe de la croix, les rameaux accrochés à la croix, les cendres, les cierges. Ces signes viennent prolonger et rappeler dans la vie ordinaire des personnes ce qui a été signifié, reconnu dans la célébration liturgique communautaire. Leur utilisation éventuellement insatisfaisante, voire "magique", n'enlève rien à la pertinence de la pratique de ces usages privés qui cherchent à soutenir et à exprimer la foi.

 

Les bénédictions.

 

La bénédiction représente à la fois le langage de toute prière -dire du bien de Dieu- et la forme première et essentielle des sacramentaux. En effet, bénir exprime la reconnaissance de l'homme vis-à-vis de Dieu car c'est lui qui bénit l'homme le premier. Tout est grâce, tout nous vient de Dieu. La bénédiction est d'abord un acte de foi, une attitude de l'homme qui, devant Dieu, se sait redevable. Bénir consiste à se tourner vers Dieu, à le nommer, à le louer, à lui demander de manifester sa présence. Il est la source de toute bénédiction, de tout bien. Dans le Christ, Dieu nous bénit et nous le bénissons. Ainsi les bénédictions qui s'accomplissent dans des célébrations particulières appartiennent-elles à la vie de tous les baptisés. Elles sont de deux sortes: - Les premières touchent de façon durable certaines personnes dans leur vie. Elles concement aussi certains lieux et certains objets voulant marquer ainsi une destination. Cette bénédictionconsécration est, en principe, réservée à l'évêque, ou subsidiairement aux prêtres. Elles sont l'objet de rituels particuliers. - Les secondes, les plus nombreuses et les plus fréquentes, viennent signifier que toutes les circonstances de la vie des hommes peuvent être vécues avec Dieu, dans la foi, en Alliance. Elles développent la conscience croyante, orientent l'existence vers Dieu. Elles ont des degrés d'ecclésialité liés à l'action, aux personnes ou à l'objet. Selon ce degré, les ministres pourront en être l'évêque seul, l'évêque ou un prêtre délégué, un prêtre ou un diacre, un laïc institué (acolyte, lecteur) ou un autre laïc homme ou femme. La bénédiction la plus connue à ce niveau est le benedicite, prière avant le repas familial ou communautaire. En fait, le rituel des bénédictions distingue cinq types de bénédiction : celle concernant les personnes, les activités humaines, les objets pour le culte et la dévotion, enfin les bénédictions diverses.

 

Quand il s'agit de bénédictions d'objets ou de réalités matérielles, celles-ci sont toujours en rapport avec l'homme, avec l'usage des choses, avec la destination de la création et de son devenir qui, touche au salut de l'homme.

 

Parmi les bénédictions, il en est par exemple qui sont perçues comme des actions liturgiques. Elles appellent alors des célébrations communautaires qui comportent la proclamation et l'accueil de la Parole, la prière de l'Église (louange, supplication et intercession,

 

prière de demande de bénédiction et prière de bénédiction souvent accompagnée d'un geste). Ce geste n'est pas toiJours le signe de croix. Ce peut être l'aspersion d'eau bénite, les mains élevées, étendues ou jointes. Ce geste ne peut faire à lui seul la bénédiction, ceci pour éviter les superstitions et pour favoriser la célébration participante (cf Rituel des bénédictions § 27).

 

Ainsi la bénédiction peut être un signe et un moyen par lequel l'homme entend la Bonne Nouvelle de Jésus Christ et sa victoire sur le mal, reconnaît Dieu au coeur de toutes les réalités de la vie, et célèbre Dieu, avec l'Église et par elle, Seigneur de toutes choses.

 

Les exorcismes.

 

Autre catégorie de sacramentaux, les exorcismes. Ils ont toujours été attestés au cours de l'histoire. Sous une forme simple, on les rencontre dans le sacrement du Baptême. Dans le rituel de l'initiation chrétienne des adultes, ils s'effectuent au cours des trois scrutins. Par eux se trouve signifiée l'action salvifique du Christ qui nous délivre de la puissance du mal. Souvent, l'eau bénite comme rappel du baptême le signifiera. Dans sa prière au Père, le Seigneur ne cesse de nous le faire demander: "Délivre nous du mal." Enfin hors du baptême, l'exorcisme solennel, appelé grand exorcisme, ne peut être pratiqué que par un prêtre habilité par l'évêque. La révision prévue de son rituel est en cours à lheure où nous écrivons.

 

Les processions.

 

Certaines célébrations de l'année sont précédées ou suivies d'une procession : ainsi la Présentation du Seigneur, les Rameaux, la Vigile pascale, la fête du Corps et du Sang du Christ. Elles visent à faire mémoire du mystère célébré symboliquement dans le temps et l'espace. Il existe aussi des processions extraordinaires, prescrites localement : telle marche promenant une statue de la Vierge ou les reliques d'un saint (cf Ostensions du Limousin). Le cérémonial des évêques y consacre un chapitre (XXI). Les pèlerinages relèvent de la même

symbolique. Il s'agit de bouger, de se mettre en marche pour changer quelque chose à sa vie. La célébration rituelle accompagne ce chemin. Il s'agit d'un déplacement vers un lieu vénéré (sanctuaire) qui symbolise le chemin de la vie chrétienne. Il permet de faire une expérience de communion à Dieu, à lÉglise par la médiation du lieu et de l'objet vénéré. D'autres dévotions

 

viennent s'ajouter au pèlerinage et le façonner: procession, chemin de croix, litanies et chapelets, cierges, vénération de reliques ou d'images. Le programme traditionnel du pèlerinage s'organise à partir de ces éléments disponibles, pas forcément tous utilisés, faisant de la pratique pèlerine une pratique mobile et modulable. Les responsables de pèlerinage aujourd'hui cherchent à proposer d'autres formes : catéchèses et rencontres, célébrations de sacrements ou de sacramentaux (célébration de la Parole, célébration Pénitentielle), afin de guider une démarche de dévotion qui puisse devenir une liturgie. Souvent dans le passé, ces dévotions reçoivent de la part des responsables de l'Église reconnaissance, approbation, voire

 

recommandation ou au contraire réprobation. Mais demeure la question de savoir les relations que de telles dévotions peuvent avoir avec la liturgie

 

D'autres sacramentaux.

 

Ainsi les prières pour les mourants et le rituel des funérailles: prière au domicile -eau bénite, cierge - fermeture du cercueil... prière au cimetière. Si effectivement on détermine le sacramental par ce qui n'est pas typiquement sacrement, on peut comprendre qu'au XlVè siècle la célébration d'un Office de louange et qu'aujourd'hui les célébrations de la Parole (dont les ADAP), et les célébrations pénitentielles (non sacramentelles) puissent être considérées comme des sacramentaux. Ces différentes célébrations sont de réelles actions liturgiques relevant de l'expérience sacramentelle de l'Église, selon la compréhension renouvelée proposée

 

par la Constitution Conciliaire sur la liturgie au § 7 : "Le Christ est présent dans sa parole car c'est lui qui parle tandis qu'on lit dans YÉglise les Saintes Ecritures. Il est là présent quand

 

l'Église chante et prie les psaumes, lui qui a promis: "Là où deux ou trois sont rassemblés en

 

mon nom, je suis là au milieu d'eux." Mais elles ne sont pas à proprement parler, aux yeux de l'Église, des sacrements.

 

Il ne s'agit donc pas de "para-liturgie", mais d'un espace liturgique qui prépare, éveille, éduque, fait vivre pour Dieu et sanctifie. Ces célébrations peuvent se vivre avec des enfants ou des adultes qui ne sont pas encore prêts à célébrer ITucharistie ou à recevoir le Pardon sacramentel. Elles peuvent aussi être vécues lors de circonstances qui n'appellent pas obligatoirement lEucharistie: rassemblement ecclésial hé à une manifestation de la cité, commémoration, événement public, pèlerinages, etc... De plus, en l'absence de ministre ordonné empêché de célébrer les sacrements de lEucharistie, de la Pénitence et de la Réconciliation, ces célébrations permettent réellement de communier au mystère pascal et de tendre vers le sacrement. De son côté le culte eucharistique, par maints aspects, comporte des sacramentaux, ainsi telle bénédiction ou telle procession, signes vécus dans le prolongement de l'Eucharistie.

 

En fait si le terme "sacramental" reste souvent étranger, les réalités qu'il représente nous invitent à découvrir toute la vie de Momme puisqu'elles forment le champ de la Parole de Dieu, de la bénédiction, de la célébration de l'Alliance. Ce sont toutes les réalités humaines et cosmiques qui sont appelées à s'ouvrir à la sainteté de Dieu et à lui rendre gloire. Les sacramentaux sont ainsi une manière particulière d'évangéliser en insérant les sacrements dans

toute la vie. Ils annoncent la Parole et suscitent la conversion. Ils participent à la pédagogie du Salut.

 

A  TEXTES REPÈRES

"La sainte Mère Église a institué des sacramentaux. Ce sont des signes sacrés par

lesquels, selon une certaine imitation des sacrements, des effets surtout spirituels sont signifiés et sont obtenus par la puissance impétratoire de l'Église. Par eux, les hommes sont disposés à

recevoir l'effet principal des sacrements, et les diverses circonstances de la vie sont sanctifiées".

(Concile Vatican 11, SL, n' 60)

"C'est pourquoi la liturgie des sacrements et des sacramentaux fait que, chez les fidèles bien disposés, presque tous les événements de la vie sont sanctifiés par la grâce divine qui découle du mystère pascal de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ - car c'est de lui que tous les sacrements et sacramentaux tirent leur vertu - et il n'est à peu près aucun usage honorable des choses matérielles qui ne puisse être dirigé vers cette fin : la sanctification de l'homme et la louange de Dieu".

(Concile Vatican 11, SL, n' 61)

 

"Les bénédictions instituées par l’Eglise (sont des) signes sensibles par lesquels est signifiée et réalisée d'une manière propre à chacun d'eux à la fois la sanctification des hommes dans le Christ et la glorification à Dieu qui constituent le but auquel tendent toutes les autres activités de l'Église".

(Livre des Bénédictions, Préliminaires n' 10)

 

«Bénir est une action divine qui donne la vie et dont le Père est la source. Sa bénédiction est à la fois parole et don. Appliqué à l'homme, ce terme signifie l'adoration et la remise à son créateur dans l'action de grâce».

(Catéchisme de l'Église Catholique, § 1078)

 

"En glorifiant Dieu en toute chose et en recherchant avant tout la manifestation de la Gloire de Dieu envers les hommes renés ou à renaître par grâce, liglise, par ses bénédictions, loue le Seigneur pour eux et avec eux dans les circonstances particulières de leur vie et invoque sur eux la grâce de Dieu. En même temps, l’Église bénit aussi les objets et les lieux qui concernent soit l'activité humaine, soit la vie liturgique, la piété, et la dévotion, en ayant cependant toujours sous les yeux les hommes qui se servent de ces objets et qui travaillent dans ces lieux".

(Livre des Bénédictions, Préliminaires n' 12)

 

"Les bénédictions de l’Église sont des actions liturgiques et donc leur célébration

communautaire - qui est parfois requise, répond mieux au caractère de la prière liturgique".

(Livre des Bénédictions, Préliminaires n' 16)

 

attenant ou encore auprès d'une croix de mission. De même, la nuit de Pâques: on préparera un beau feu dehors pour permettre au peuple rassemblé de se mettre en marche, jusqu'au franchissement du seuil de l'Eglise signifiant par là le pèlerinage spirituel de l'Église appelée à

marcher avec le Christ, la croix ou la lumière ouvrant le passage. La procession symbolise la Pâque de Jésus et la nôtre.

 

B  DES OUTILS

a  Des textes sources. Le livre des bénédictions, Rituel Romain, Chalet-Tardy, 1988. Les Bénédictions de la table, Mame, 1990. Les Bénédictions pour lesfamilles, Mame, 1993. Rituel de la Dédicace, Desclée, 198 8. Bénédiction de l'huile des catéchumènes, de l'huile des malades et confection du Saint Chrême, CNPL, 1990. Rituel de la profession religieuse, Mame, Desclée, 1992. Consécration des vierges, 1990. Bénédiction d'un abbé et d'une abbesse.

 

b  Pour accompagnr .

Dans la revue « Célébrer », les N' 139,191, 193 238 « La dime »,

article de l'auteur paru dans "exultet - encyclopédie pratique de la liturgie", CNPL, Bayard, 2000

Annexe :

Il n’y a pas de liste exhaustive et ’’officielle’’ des sacramentaux. Nous retenons ici l'énumération tirée du Catéchisme de l'Église Catholique (§ 1671-1673) en modifiant l'ordonnancement.

 

1- Bénédictions-consécrations.

- personnes -. abbé, abbesse de monastère, vierges consacrées, religieuses, lecteurs, acolytes, catéchistes.

- lieux et objets:

1.     Dédicace d'une église, consécration d'un autel ; bénédiction des Saintes Huiles.

2.     Autres bénédictions : bénédiction des personnes (selon les situations et les circonstances de la vie) et des réalités humaines ou des richesses de la création.

3.     Exorcismes et supplications.

4.     Processions liturgiques: Présentation du Seigneur, Rameaux, Vigile pascale ; Fête du Corps et du Sang du Christ.

5.     Exposition, procession et bénédiction eucharistiques.

6.     Célébrations de la Parole (SL 7, 24, 35/4) : ainsi la célébration pénitentielle non sacramentelle.

7.     Prières pour les mourants et rituel des funérailles.

 

Ainsi les sacramentaux peuvent comprendre des célébrations comme celles des funérailles, des actions liturgiques à un moment de l'année comme la bénédiction des cierges, des cendres, des rameaux, la procession de la fête de la Présentation du Seigneur ou celle des Rameaux.

 

 


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