un catholique et un non-baptisé   



 

MARIAGE AVEC DISPENSE

DE DISPARITÉ DE CULTE

 

 

mariage entre un catholique baptisé

et un non baptisé

qu’il appartienne à une  religion non chrétienne

               (juif, musulman, bouddhiste,etc...)

ou qu’il soit sans religion.

 

Le nombre de mariages avec demande de dispense de l'empêchement de dispa­rité de cultuel a nettement progressé ces dernières années. Prêtres et laïcs le savent bien, tout comme les chancelleries des diocèses. Il s'agit d'abord, pour l'Église, d'une rencontre avec deux personnes ayant le projet de se marier, dont l'une est baptisée catholique et l'autre non. C'est aussi une situation (humaine, pastorale, spirituelle, canonique) particulière tradi­tionnellement connue, aujourd'hui quan­titativement non négligeable et donc à prendre en considération comme un fait.

 

 

 

UN FAIT PERMANENT, UNE RÉSERVE CONSTANTE

 

L’Église a toujours cherché à contrôler les unions d'un fidèle du Christ avec un “infidèle”. La question s'est posée dès le début de l'Église. Saint Paul les évoque dans un contexte eschatologique, ce qui conduit à une position complexe, à savoir qu’il faut éviter ses unions: “Ne formez pas d'attelage boiteux avec des non­-croyants: quel point commun peut-il y avoir entre la fidélité de Dieu et l'lm­piété ? quelle communion pour la lumière avec les ténèbres ? ” (2 Corinthiens 6, 14). Aussi sont-elles déconseillées. Il men­tionne cependant que dans un tel mariage où l'un est chrétien, l'autre pas, “ le man* non croyant se trouve sanctifié par sa femme, et la femme non croyante se trouve sanctifiée par son mari croyant” (1 Corinthiens 7, 14), tout en concluant: “Toi la femme, comment savoir si tu sau­veras ton mari ? Et toi l'homme, com­ment savoir si tu sauveras ta femme ?” (v. 16). La préférence est donc l'union de deux croyants, “unis dans le Seigneur”, dans la même foi. La tradition sera géné­ralement défavorable aux autres unions mais la répétition des interdits indiquent la persistance du phénomène, notam­ment au W et au V' siècle : on se souvient que les parents d’Augustin formaient un mariage “dispar” ou encore, plus tard, Clovis époux de Clotilde, avant sa conversion.

 

 

Cette position traditionnelle veut sau­vegarder la foi de la partie chrétienne et la stabilité du mariage. D'ailleurs les sociétés et les religions manifestent souvent une grande réserve à l'égard des mariages dis­pars. Certaines communautés religieuses sont hostiles aux mariages “ mixtes >~ (inter­religieux) car ceux-ci menacent leur iden­tité. Cette crainte n'est pas vaine : les communautés minoritaires savent par expérience la menace qui pèse sur elles du fait de ces mariages par lesquels leurs membres sont progressivement absorbés par les communautés majoritaires.

Dans les premiers contacts, une atti­tude d'accueil sera particulièrement solli­citée car les fiancés ne sont pas toujours certains de pouvoir se marier. Ils pensent que l'Église ne peut le faire, ou qu'elle demandera à la partie non baptisée de “ se faire baptiser”. Ces craintes doivent pou­voir s'exprimer ; les agents pastoraux témoigneront alors du respect de chacun ainsi que de la liberté de l'acte de foi ou de croyance reconnue à tout homme.

 

 

CES MARIAGES AU REGARD DU DROIT

 

Le droit canonique établit un empê­chement absolu (appelé “empêchement dirimant ”) au sujet de ces mariages concer­nant la partie catholique (canon n' 1086) -“Est invalide le mariage entre deux per­sonnes dont l'une a été baptisée dans l'Église catholique... et l'autre n'a pas été baptisée. ” La demande de dispense de cet empêchement vient souligner l'exception même si les faits conduisent, par le nombre, à considérer ces unions comme quasi ordinaires et courantes. Certes on peut se demander: qu'est-ce qu'une situa­tion particulière et exceptionnelle qui se généralise ? Ceci pose des questions tant à la pastorale qu'au droit.

 

 Ces unions demandent à être soumises à l'accord de l'Église : celui-ci ne peut être obligé ou systématique même s'il semble que la dispense ne puisse pas ne pas être donnée. Comme pour tout mariage, des conditions d'engagement sont requises; d'autres, particulières, s'ajoutent dans ce contexte. Les déclarations d'intention généralement appelées “projet de vie”, les formulent. Les aspects difficiles sont connus: il s'agit de l'engagement plus ou moins explicite du baptême des enfants à venir et de leur éducation chrétienne Cette difficulté, sans être générale, appa­raît souvent : en effet les futurs époux for­mulent difficilement leur intention à ce sujet, ce n'est pas le problème présent. Leur réponse a besoin du chemin à venir pour que leur décision mûrisse. Par ailleurs on ne peut oublier que beaucoup de ces futurs parents sont nés eux-mêmes dans le contexte du “Il/elle choisira plus tard” qui explique l'absence de baptême de la partie non baptisée, pratique qu'on peut   être tenté de reproduire. En ces domaines, un véritable discernement est demandé pour évaluer ce qui relève des différentes approches (contexte culturel général, évo­lution commune, décision positive pos­sible et dépassement des obstacles).

 

LE DOSSIER DE MARIAGE

 

Dans la constitution du dossier de manage, la liberté de contracter mariage -de la partie non baptisée - ne peut être attestée et assurée que par l'acte de nais­sance. Il n'est pas superflu de s'assurer qu'une première union civile n'a pas été, contractée, soit avec une autre partie catholique (était-ce ou non un mariage célébré devant l'Église), soit avec un non baptisé.

La demande de dispense comporte de la part du pasteur responsable du dossier une présentation de motifs : ceci peut paraître formel - la répétition du motif venant augmenter ce sentiment - mais ces motifs viennent rendre compte d'une situation concrète et unique même si elle est fréquente. Le dossier administratif est intégralement adressé à la chancellerie du diocèse de résidence de la partie catho­lique.

 

DES ENJEUX ECCLÉSIAUX ET THÉOLOGIQUES

 

Des conséquences sont aussi à repérer dans le champ théologique: entre autres, la tension entre le mariage valide célébré et son statut non sacramentel - la grâce du sacrement rencontrant deux fidèles du Christ. Ces unions posent des questions de divers ordres : que peut signifier cette “non-sacramentalité” relativement géné­ralisée des unions ? On croise ici d'autres questions posées par la pratique pastorale concernant le mariage sacramentel de baptisés catholiques étrangers à la foi.

La plupart de ces unions concernent, quant à la partie non baptisée, des per­sonnes qui n'ont, en général, aucune appartenance religieuse. Celles qui, plus rarement, appartiennent à une autre reli­gion - juifs ou musulmans ou d'autres religions - peuvent réclamer de la part des agents pastoraux une plus grande atten­tion sur les deux points en jeu : la stabi­lité du mariage et le risque pour la foi de la partie chrétienne.

 

  

UNE CHANCE ET UNE GRÂCE

 

L’attitude pastorale générale à l'égard de ces couples dont l'un n'est pas baptisé est marquée de bienveillance et d'accueil positif Sans doute en raison de l'impor­tance du fait social : une position restric­tive serait peu évangélique et de surcroît sans effet, pour ne pas dire incomprise, conduisant à une hostilité vis-à-vis de l'Église (les motifs de la demande de dispense y font fréquemment allusion de manière légitime).

 

D'autres raisons pastorales sont à consi­dérer: plusieurs personnes non baptisées n'ayant aucune appartenance religieuse marquée, même si parfois elles ont pu connaître diverses expériences, peuvent être amenés à croire si une proposition de la foi peut être reçue. Cette possibilité n'est pas que théorique : nombre de pasteurs et d'animateurs en pastorale du mariage savent que les rencontres avec les fiancés sont une chance pour la foi, d'abord parce qu'une parole est échangée, un dialogue mené sur une durée conséquente compre­nant des rencontres avec d'autres couples, avec le prêtre, etc. Ce moment d'ouverture et de disponibilité est une occasion unique pour formuler un sens à la vie.

 

Il n'est d'ailleurs pas rare que l'absence d'identité religieuse, fruit d'un choix des parents, appelle des questions et révèle des ouvertures. Il arrive même, et chacun reconnaît la limite dans ce paradoxe, que la partie non baptisée soit plus ouverte à l'É­vangile et à la présence de Dieu, ou paraisse plus “ chrétienne ”, plus évangélique dans sa manière de vivre, dans ses engagements.

L'intérêt souvent relevé par les pasteurs ne semble pas circonstanciel et convenu

il traduit une curiosité, une attente spiri­tuelle, un désir de croire. Il n'est pas rare que ce temps de préparation au mariage fasse entrevoir un chemin vers le baptême et conduise à une demande de baptême.

Cette situation oblige le couple à une qualité de dialogue appelant chacun à une réflexion sur sa vie profonde, ce qu'il vit, ce qu'il croit, sa recherche. La partie catholique se voit souvent elle-même interrogée et conduite à mieux com­prendre et approfondir sa vie baptismale.

S'il convient de s'assurer que la diffé­rence sera une richesse - et non un obstacle - pour la communauté conjugale, son dialogue et sa croissance, le temps d'échange permet de prendre la mesure de cette réalité a venir, part que déjà présente. Dans de telles perspectives, ces unions contiennent des chances d'avenir pour le couple lui­-même comme pour la foi. Cela demande une pastorale soucieuse de favoriser l'expé­rience spirituelle de la foi en jésus Christ, de permettre une rencontre de l'Église (quels lieux ? quelles propositions ?). Un suivi personnel est particulièrement requis, dont les formes peuvent varier.

 

Sans aucun doute convient-il de faire confiance en la grâce et à son chemin dans le cœur  des hommes et des femmes. Notre compréhension de la foi et de notre contexte culturel l'exige. Encore faut-il que, dans l'esprit même de la réflexion aujourd'hui entreprise, à une pastorale de l'accueil et de l'accompagnement s'ad­joigne une pastorale de l'annonce et de la proposition de la foi. En ce cas comme en d'autres, des expériences nouvelles de démarche de type catéchuménal et caté­chétique se font jour dans le cadre de la pastorale du mariage et de sa préparation.

 

La célébration ne présente pas de dif­ficulté particulière. Celle-ci ne comporte pas d'eucharistie - sauf cas tout à fait par­ticulier. On peut dire que ces mariages obligent à la clarté dans les différents genres de communication : lectures, homélie, paroles des époux, expression de la foi. Ceci est un avantage. La recherche de vérité dans les paroles et les gestes est chemin de vérité.

Accueillir de telles unions, les accom­pagner est un acte de confiance dans la communauté conjugale et dans la grâce de Dieu. Elles sont terres d'Évangile.

 

 

paru dans “ CÉLÉBRER ” du Centre national de pastorale Liturgique  N' 296, mai 2000 - CT

 


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