un catolique et un chrétien non-catholique   



LES  MARIAGES MIXTES

 

entre un catholique

et un chrétien non-catholique

 

 

Les mariages mixtes désignent les mariages d'un catholique et d'un non­-catholique.

Il s'agit donc du mariage de deux baptisés.

 

On les distingue des «mariages dispars» qui désignent les mariages entre un catholique et un non baptisé. Certes dans le langage courant, les mariages mixtes désignent les mariages interconfessionnels, mais ce qualificatif indistinct englobe toutes les appartenances religieuses et confessionnelles, par manages mixtes on entend alors des manages inter­religieux, interculturels. Le langage tech­nique de l'Église catholique a l'avantage de distinguer et préciser. Il sera par conséquent toujours opportun de préciser le sens de manages « mixtes ». De même pour l'emploi de « mariage interconfessionnel » dont usent volontiers aussi bien les protestants que les orthodoxes.

 

Sans doute la proportion des manages mixtes est-elle variable selon les régions, diocèses et paroisses du fait de la présence d'autres communautés chrétiennes : luthé­riennes, réformées, évangéliques, angli­canes, orthodoxes[1]. De manière assez générale, une baisse sensible' peut-être constatée, surtout lorsqu'on compare ce nombre à celui des mariages entre un catho­lique et un non-baptisé. Ces mariages concernent des personnes baptisées. Ne sont donc pas considérés en rigueur de terme comme mariages mixtes, ceux qui comprennent une union avec une personne non encore baptisée (de l'Église réformée ou d'une Église évangélique)[2].

 

1. DANS QUELLE ÉGLISE CÉLÉBRER?

 

Cette première question demande à être posée. Elle ne vient pas si facilement que cela à l'esprit des personnes concernées : soit par désir de dépassement de la sépara­tion des Églises (ou dépassement des Églises elles-mêmes), soit par ce sentiment que la présence réciproque des représentants des Eglises atteste du progrès de l'unité, soit enfin parce que ce mariage, s'il est traversé par les séparations, porte aussi la marque de l'unité en Christ. Aussi, à moins que l'éloi­gnement ou la désaffection de l'un vis-à-vis de son Église ne conduise à rallier l'Église de l'autre par indifférence ou par nécessité intérieure (sorte de condition implicite ou explicite au sein du couple), le plus souvent les fiancés attendent l'accompagnement commun des Églises, tel qu'il est mainte­nant bien connu depuis plus de trente ans. Dans l'inconscient, il y a une attente d'un

« mariage œcuménique   », c'est-à-dire au-delà des Églises. Or ce mariage-là n'existe pas. Ce manage demandera à être célébré dans une Église, selon ses rites... même si ce manage est reconnu par l'autre Église, ceci étant signifié souvent par la présence et la parti­cipation du ministre de l'autre Église[3]. Un discernement s'impose, dans un accueil,  une écoute de chacun, le respect de leur décision mûrie. Car dans ce choix, se trouve exprimé l'état actuel d'une unité à construire dans la foi[4]. Cette décision sup­pose déjà un dialogue engagé avec l'aide des ministres et des communautés et Églises de chacune des parties. Célébrer le mariage dans telle ou telle Église ou communauté ecclésiale ne veut dire ni absorption de l'autre partie, ni négligence, voire abandon. Au contraire, il conviendra de veiller au res­pect dû à la foi de chacun, à son apparte­nance ecclésiale.

 

2. UNE PRÉPARATION COMMUNE

À cause de leur situation de minorités religieuses, beaucoup de mariages que connaissent les autres communautés chré­tiennes en France sont «mixtes».[5] Pour l’É­glise catholique, majoritaire, de manière ordinaire, l'enjeu n'est pas le même : aussi, parfois, à cause de l'investissement que cela exige et de l'absence de demande formulée, on risque de ne pas envisager et proposer la présence et l'accompagnement de l'autre Église. Ce qui est dommage pour le service des époux et leur cheminement de foi comme pour le progrès de l'unité de l’É­glise.

 

3. LA DÉCLARATION D'INTENTION

Celle-ci représente un moment impor­tant. En effet, prenant appui sur ce qui a été échangé, elle vient formuler des engage­ments pour l'avenir. Aujourd'hui, de manière assez fréquente, une rédaction per­sonnelle est proposée. Projet de vie de cha­cun comme cela est demandé généralement et comme le suggèrent, encore les formu­laires,[6] projet souvent écrit par chacun.

 

Comment ne pas apprécier cet investisse­ment personnel? Un formulaire commun, cependant, a été aussi élaboré, car il a sein­:)lé correspondre aux besoins particuliers compte tenu de la blessure que suscitent les séparations ecclésiales et du témoignage d’unité à donner.

 

Un des points les plus difficiles concerne e baptême et l'éducation chrétienne des enfants

.à venir : l'Église catholique, on le sait, demande à la partie catholique de faire ,out son possible - et non l'impossible - tout ce qui dépend d'elle pour que ce bapt­ême et cette éducation aient lieu dans l'É­glise catholique. On comprend aisément lue l'autre partie, elle aussi, puisse avoir des mentions semblables, outre les différences dans les conceptions de l'Église, sa signification et celle du baptême. Certes l'Église catholique comprend volontiers que cette décision ne puisse se prendre présentement. Elle entend respecter le cheminement des époux et la décision qu'ils seront amenés à prendre. La déclaration d'intention consti­tue un point d'appui des dispositions admi­nistratives et pastorales de manière habituelle. Cependant il sera bon de ne pas méconnaître que le droit canonique n'oblige pas la partie non catholique, lors d'un mariage mixte' (ainsi que dispar), [7]à signer une telle déclaration. Il est demandé que la partie non catholique soit informée des engagements demandés à la partie catholique. Le ministre qui assure la prépa­ration ou, du moins, qui a la responsabilité du dossier de manière particulière, pourra noter les intentions de la partie non catho­lique. Cette note aura l'avantage d'étoffer les motifs qui accompagnent la demande d'autorisation de mariage mixte.

 

4. L' AUTORISATION DE MARIAGE MIXTE

Même si les mariages mixtes ne sont plus perçus comme un événement négatif (à dissuader et, faute de mieux, à tolérer), même si on doit les considérer comme évé­nement de grâce (le manage de chrétiens baptisés est sacramentel), une autorisation est à demander pour permettre ce mariage. Il s'agit moins d'une formalité administra­tive formelle que d'une attention pastorale redoublée. Les motifs donnés sont formu­lés par le ministre qui a la charge en dernier lieu du dossier administratif C'est l'évêque du lieu (ordinairement son délégué aux dis­penses ou le service des mariages du dio­cèse) où réside la partie catholique qui accorde l'autorisation.

 

5. LA CÉLÉBRATION DE MARIAGE DANS L’ÉGLISE CATHOLIQUE

Celle-ci se déroule sans eucharistie. L’eu­charistie qui manifeste l'unité ecclésiale ne peut trouver place tant à cause de sa signi­fication (sacrement d'unité), qu'en raison des personnes présentes. La participation du ministre de l'autre Église ou communauté ecclésiale à la célébration est possible et sou­haitable. Elle se déroule sous la présidence du ministre de l'Église catholique et selon les rites de cette même Église. La participa­tion de l'autre ministre trouvera place à tel ou tel moment (lecture d'un passage de l'É­criture, commentaire, prière). Ce qui est recherché est la présence et la participation de l'autre Église, et non la recherche de parité entre les ministres.[8]

 

6. LA CÉLÉBRATION AVEC DISPENSE DE FORME CANONIQUE

A L'EGLISE ORTHODOXE OU AU TEMPLE

 

Si des motifs réfléchis et discernés conduisent à accepter que la célébration ait

lieu dans la communauté ecclésiale de l'autre partie, une dispense doit être demandée

et délivrée, sous peine d'invalidité, à la chancellerie (ou au service des manages du

diocèse du domicile de la partie catholique en adressant le dossier administratif ). Le

ministre catholique peut y prendre part intervenir à tel ou tel moment selon modalités évoquées précédemment[9]. Un certificat de mariage civil (postérieur à la dis­pense) ou religieux sera adressée à l'évêché.[10]

 

La célébration n'est pas un point final. L’accompagnement commencé demande à se poursuivre ici comme ailleurs. Les paroisses se doivent d'avoir le souci parti­culier de ces foyers et de leurs enfants. Des modalités d'accompagnement des couples mixtes existent.[11] Si ces foyers inscrivent dans leur existence la séparation des Églises, l'unique Seigneur les unit. Ces foyers mixtes et rappellent la déchirure, ils témoignent aussi les du don de l'unité et de l'Alliance indéfectible de Dieu.

 

 

 article paru dans  la revue "CÉLÉBRER"  N° 310, Février 2002 - C.T.

 

 

 

 

 



[1] Les pratiquespastorales pourront  être marquées par ces réalités  locales, ici l’Alsace, là tel diocèe de la 5Région Provence-Méditérannée,etc…

[2]  D'ailleurs, par analogie, on se souvient qu'un catholique épousant un catéchumène catholique aura besoin d'une dispense de disparité de culte. La reconnaissance du baptême célébré dans une autre Église est aussi à considérer : en certains cas, on pourra avoir des doutes; on consultera toujours le délégué diocésain à l'œcuménisme  ou le chancelier (ou le service des mariages à l'évêché). Si le doute devait subsister, la demande d'autorisation de mariage mixte comporterait également la demande de l'empêchement de disparité de culte « ad cautelam » i.e. par précaution.

[3] La reconnaissance du mariage ne nécessite pas impérativement la présence du ministre de l'autre Église à la célébration. Cette présence en témoigne cependant, visiblement, en même temps qu'elle témoigne du soutien et de la prière de la communauté.

[4] Voir ce qui est dit ultérieurement au sujet de la déclaration d'intention..

[5] On lit couramment dans des écrits protestants «qu'aujour­d'hui, 9 protestants sur 10 épousent un ou une catholique »

[6] Puisqu'il existe un formulaire de déclaration pour la partie catholique et un autre pour la partie non catholique

[7] Canon 1125 et Normes complémentaires au Code - Conférence des évêques de France, 31-03-88 : « Dispositions pratiques pour le mariage d'un catholique avec un autre chrétien non catho­lique - formulation des promesses. » L’accord de la partie non catholique peut ne pas être signé, en effet, à cause du sens de la parole donnée, particulièrement chez les frères protestants.

[8] Ceci vaut également lorsque le ministre catholique est présent au temple, pour un «culte de mariage» protestant, accompagnant la partie catholique ayant sollicité la dispense de forme

canonique. Il ne s'agit pas en effet, comme cela peut s'écrire, « d'officier ensemble, de se partager les différents moments pour qu'une impression d'équilibre et de fraternité soit donnée » :

vérité des choses exige plus. Ces considérations concernent aisément les mariages catholique - protestant. Les mariages catholique - orthodoxe souffrent d'une non-reconnaissance de la part

de l'Église orthodoxe, pour des raisons théologiques. Il y a là une réelle difficulté. Il faut souhaiter une avancée en ce domaine; l'addition ou la succession des rites n'est pas une approche œcuménique  satisfaisante (contraire d'ailleurs au droit de l'Église, Canon n* 1127 § 3).

[9] Voir note n' 8. Il n'est pas souhaitable, de même, que la sainte Cène soit proposée et célébrée à cette occasion.

 

[10] Ceci, afin qu'un acte de mariage soit dressé et que le mariage soit notifié sur l'acte de baptême.

 

[11] On mentionnera le groupement « Foyers mixtes », éditant: la une revue du même nom, 2 place Gailleton, 69002 Lyon, ou encore des mouvements comme « Cana » ainsi que des groupes locaux. Le n* 64 de la revue Foyers mixtes, constitue un outil à recommander : « Guide pour la pastorale des foyers mixtes. »


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